LA RELIGION ET LES CROYANCES DE LA GRECE ANTIQUE

 

Sur une tablette d'envoûtement trouvée à Athènes, on peut lire cette invocation magique destinée à jeter un mauvais sort à toute une famille :

 

« Hermès le paralyseur et Persephone, paralysez Myrrhina, femme d'Agnothéos du Pirée, son corps, son âme, sa langue, ses pieds, ses actions et ses volontés, jusqu'à ce que, consumée, elle descende chez Hades. Hermès, toi le paralyseur, et Perséphone, paralysez Parthénios et Apollonios, les enfants d'Agnothéos, leur langue, leur âme, leurs actions, leurs pieds et leurs volontés. Hermès, toi le paralyseur, et Perséphone, paralysez Euxénos, le serviteur de Myrrhina, son âme, son corps, ses pieds, ses mains, ses actions et ses volontés et sa langue, jusqu'à ce qu'il descende chez Hadès. Hermès, toi le paralyseur, et Perséphone, paralysez Agnothéos, Myrrhina, Parthénios, Apollonios, et tous les serviteurs d'Agnothéos, ceux de maintenant et ceux d'avant, leurs actions, leurs âmes, leur langue, leurs volontés, et ne les lâchez pas, jusqu'à ce qu'ils descendent chez Hadès. »

 

 


PLAN DU COURS :


I - Dieux et déesses
II - Les pratiques
III - Les lieux de culte
IV - Les cérémonies
V - Les fêtes cultuelles
VI - Superstition et magie
VII - Les rituels de la mort

 

I - DIEUX ET DÉESSES

Les Grecs ont créé une multitude de dieux et leur imagination fertile a inventé de nombreuses légendes mythologiques dont ils sont les héros. Car ceux-ci ont forme humaine et malgré leurs pouvoirs, ils partagent toutes les émotions des mortels auxquels ils aiment se mêler.

1°) Des dieux par dizaines

Chaque région, chaque cité de la Grèce a ses dieux protecteurs particuliers et il est souvent difficile d'harmoniser les traditions très diverses concernant le monde divin.

D’après le poète Hésiode, dans la Théogonie, du Chaos originel est née Gaia, la Terre, qui a enfanté Ouranos, le Ciel étoilé.

 


De ce couple pri­mordial Gaia et Ouranos, nés du Chaos, sont issues deux générations d'êtres plus ou moins monstrueux, comme les Cyclopes ou les Titans, symbolisant les forces brutales de la nature. Et ce n'est qu'à la troisième génération que sont apparus les dieux honorés en Grèce. L'un d'entre eux, Zeus, est parvenu à vaincre les monstres des origines, don­nant à l'univers sa cohésion et son ordre.

Autour de Zeus, maître du ciel et souve­rain suprême, se regroupent ses frères, ses sœurs et certains de ses enfants, douze dieux en tout qui président aux grands domaines des activités humaines.

 

 

On retrouve donc dans ces 12 dieux et déesses :

 

Déméter, protectrice des moissons,

 

Poséidon, maître des mers,

 

Athéna, patronne des artisans,

 

Apollon aux attributions multiples et sa sœur Artémis la Chasseresse, Dionysos, dieu de la vigne et du vin,  Hermès protecteur du com­merce, Hadès, le grand dieu des Enfers, Héra, la divinité grecque du Mariage, symbole de la grandeur et de la souveraineté maternelles, Hestia, la déesse du foyer, Arès, le dieu de la guerre et enfin Héphaïstos, le dieu forgeron.

Des unions de ces dieux avec des nymphes ou des mortelles, nais­sent la plupart des autres dieux honorés en Grèce. Les poètes grecs ont essayé d'opérer un classement dans ces familles divines, mais le foisonnement de divinités locales, d'éléments naturels divinisés, de démons mystérieux interdit toute véri­table harmonisation entre la multitude des traditions. En fait chaque fleuve, chaque source, chaque montagne cache un être divin qu'il faut se rendre favorable.

 


HERMÈS : dieu grec, qui veille sur les routes et sur ceux qui les sillonnent, voyageurs, marchands et même voleurs. Protecteur du commerce et de l'activité urbaine,

 

il est vénéré aussi comme divinité psychopompe c’est-à-dire qui conduit les âmes des morts vers les Enfers, et comme inventeur de toutes les sciences, et particulièrement de l'écriture et de la magie.

 

C'est à ce titre que les Grecs, à l'époque hellénistique, l'ont assimilé au dieu lunaire d'Égypte Thot. Il a été assimilé au Mercure des Romains.

 

PERSÉPHONE : fille de Déméter (la déesse de la terre cultivée), appelée aussi Coré, «  la jeune fille  ». Chez les Romains, Perséphone était vénérée sous le nom de Proserpine.

 

HADÈS : dieu des Enfers dans la mythologie grecque. Fils de Cronos et de Rhéa, frère de Zeus, il reçut en partage, après la victoire des dieux sur les Titans, le royaume souterrain où séjournent les morts. Dans la croyance populaire, il se confond avec Pluton.

 

Il est souvent accompagné de Cerbère, le chien à trois têtes.

 

Hadès enleva Perséphone alors qu'elle était en train de cueillir des fleurs en compagnie de nymphes dans la plaine d'Enna (Sicile)

 

et la conduisit aux Enfers, avec l'accord de Zeus car il n'avait pas de femme, Cf. Le Bernin, Le Rapt de Proserpine

 

 

     

 


Sa mère, Déméter la chercha partout sur Terre et déchaîna une grande famine. Le dieu soleil, Hélios, lui apprit qu'elle se trouvait dans le royaume des morts.

 

Zeus fut alors obligé de tenter une réconciliation et ordonna à son frère de rendre Perséphone à sa mère avant que la Terre entière ne soit morte de faim. Il envoya Hermès porter le message à Hadès.

 


Ce dernier fut d'accord de la laisser partir à condition qu'elle n'ait pas encore goûté la nourriture des Morts. Et comme Perséphone n'avait rien mangé depuis son enlèvement, Hadès, contraint de respecter les conseils de son frère, dissimula son dépit et la renvoya vers sa mère.

 


Les larmes de Perséphone cessèrent immédiatement de couler. Mais juste au moment où elle se mettait en route pour Eleusis, un des jardiniers d'Hadès, du nom d'Ascalaphos, rapporta à Hadès qu'il l'avait vu cueillir une grenade et en manger sept grains. Perséphone avait mangé la nourriture des Enfers et devait rester éternellement dans le sombre royaume.

 

 

Zeus intervint à nouveau et proposa à Perséphone de passer six mois de l'année aux Enfers et six mois sur la Terre. Ce qui fut accepté.

 

Depuis ce moment, on associe le printemps et l'été aux mois où Perséphone est sur Terre, rendant la joie à Déméter et l'automne et l'hiver aux mois qu'elle passe aux Enfers, sa mère se languissant de sa fille.


Selon Ovide et Strabon, Hadès tombe amoureux de Menthé (ou Minthé), une nymphe des Enfers. Mais cette liaison déplut fortement à Perséphone qui piétina la malheureuse Menthé. Hadès (ou Perséphone elle-même) la transforma en plante : la menthe.

 

 

 

HÉSIODE : poète grec (Ascra, Béotie, milieu du VIIIe s. av. J.-C.). Tenu par les Grecs pour l'égal d'Homère et le père de la poésie didactique, il donna avec les Travaux et les Jours un précieux document sur les techniques agricoles et les croyances populaires de l'époque archaïque. On lui a attribué aussi la Théogonie et le Bouclier d'Héraclès.

HOMÈRE (fin VIIIe siècle av. J.C.), premier poète grec dont les œuvres nous soient parvenues, est auteur de L’Iliade et L’Odyssée.


L’Iliade (en grec ancien Ἰλιάς / Iliás) est une épopée attribuée à Homère. Son nom provient du grec Ἴλιον / Ilion, qui signifie Troie.
Elle est composée de 15 337 hexamètres (six pieds) et, depuis l’époque hellénistique, divisée en 24 chants.
Le texte a probablement été rédigé entre 850 et 750 av. J.-C., soit quatre siècles après les événements (environ XIIIe s.) qu’il relate.
À l'origine de la guerre de Troie est l'enlèvement par Pâris, prince troyen, d'Hélène, épouse de Ménélas, roi de Sparte. Pour punir les Troyens, les rois grecs se coalisent et mettent le siège devant la cité. Au bout de dix ans de siège, les Grecs pénètrent dans la ville grâce à la ruse d'Ulysse du cheval de Troie, la pillent et réduisent ses habitants en esclavage (cf. carte).
L’Iliade narre quelques-uns des événements de la dixième année de la guerre de Troie, culminant avec le duel entre Achille et Hector.

 

 

 


L’Odyssée (en grec ancien Ὀδυσσεία / Odusseía) est une épopée attribuée à Homère, comptant 12 109 hexamètres, répartis en 24 chants. On pense qu’elle a été écrite après l’Iliade, vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C. Elle est considérée comme l'un des plus grands chefs- d'œuvre de la littérature mondiale et un des deux poèmes fondateurs (avec l'Iliade) de la civilisation européenne. Elle relate la chute de Troie et le retour d’Ulysse, roi d’Ithaque, après la guerre sujet de l’Iliade. Le titre Odyssée (en grec ancien Ὀδυσσεία / Odusseía) est formé sur le nom grec d’Ulysse (Ὀδυσσεύς / Odusseús) (voir carte).

 

 

 

 

La Théogonie : ou Généalogie des dieux, poème mythologique d'Hésiode en 1 022 hexamètres (VIIIe siècle av. J.-C.). Le poème fait le récit de la création du monde, depuis le chaos initial, décrivant, à travers les règnes successifs des dieux Ouranos, Cronos et Zeus, le passage d'un univers fondé sur la violence à un monde de justice et d'harmonie.


Kosmos (cosmos) : Univers, en grec
Cosmologie : (du grec Kosmos, univers, et logos, science) : Science qui étudie la structure et l'évolution de l'Univers considéré dans son ensemble.
Cosmogonie (du grec kosmos, univers, et gonos, génération) : Récit mythique de la formation de l'Univers. 
Théologie (du grec theos, dieu, et logos, science) : Étude concernant la divinité et, plus généralement, la religion.


Théogonie (du grec theos, dieu, et gonos, génération) : Doctrine relative à l'origine et à la généalogie des dieux ; ensemble des divinités d'une mythologie donnée.

 

CHAOS (en grec ancien Χαος / Khaos, littéralement « Faille, Béance », du verbe χαινω / kainô, « béer, être grand ouvert »), dans la mythologie grecque, est le tout énorme et indifférencié contenant toutes choses à venir. Selon la Théogonie d'Hésiode, il précédait non seulement l'origine du monde, mais celle des dieux. C'est du Chaos qu'émergèrent Gaïa (la Terre), Éros (le Désir), le Tartare (les Enfers), l'Érèbe (les ténèbres des Enfers) et Nyx (la Nuit).

 

GAIA ou  : déesse de la mythologie grecque qui personnifie la Terre conçue comme l'élément primordial d'où sont issues les races divines et comme la mère universelle.

 

Le Ciel, Ouranos, en se penchant sur elle, donna la vie aux Titans, aux Cyclopes et à divers monstres marins. Gaia poussa son fils Cronos à mutiler Ouranos.

 

OURANOS : dieu qui, dans la mythologie grecque, selon Hésiode, personnifie le Ciel. Il est à la fois le fils et l'époux de Gaia, la Terre, qui lui donna une abondante postérité (Titans, Titanides, Cyclopes, Hécatonchires :

(en grec ancien Ἐκατόγχειρες / Hekatógkheires, « qui a cent mains », de ἐκατόν / hekatón, « cent » et de χείρ / kheír, « main ») ou Centimanes (en latin Centimanūs, « qui a cent mains », de centēnus, « cent » et de manŭs, « main ») sont les trois fils d'Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre). Ils se nomment Cottos, Gyès (ou Gygès) et Briarée (ou Égéon). Ils ont chacun cent bras et cinquante têtes qui crachent du feu, et sont les frères des Titans et des Cyclopes. Ils sont usuellement représentés comme des divinités marines).

 

Giorgio Vasari, La Mutilation d'Uranus par Saturne,
XVIe siècle, Palazzo Vecchio (Florence)

 

 

L'un de ses fils, le Titan Cronos (ou Kronos) (Saturne, chez les Latins), se révolta contre lui et lui trancha les testicules avec une faucille (ou serpe).

 

Le sang de la blessure, fécondant à nouveau la Terre, donna naissance aux Érinyes, aux Géants et aux Nymphes des Frênes.

 

Cronos épousa sa sœur Rhéa

 

et le soir venu mangeait ses enfants. Mais un de ses fils, Zeus, le détrôna.

 

 

ZEUS : dieu suprême du panthéon grec. Fils de Cronos et de Rhéa, il se révolte contre son père et le détrône à son profit. Inaugurant ainsi, à la suite de celle des Ouraniens, la génération des Olympiens, Zeus devient le maître du Ciel et le souverain des dieux ; il fait régner sur la Terre l'ordre et la justice.

 

Même si les mythes lui prêtent toutes les faiblesses humaines, notamment dans ses innombrables aventures avec les mortelles, il est vénéré comme la divinité éminente qui se penche avec bienveillance et équité sur la condition des hommes. Son attribut est le foudre (représentation de la foudre de Zeus ou de Jupiter sous la forme d'un faisceau de traits en zigzag). Il a pour épouses Métis, Thémis, Déméter, Mnémosyne, Aphrodite, Latone et enfin Héra, sa sœur. Ses sanctuaires les plus célèbres sont, en Grèce, Dodone et Olympie. Les Romains l'assimilèrent à Jupiter.

 

DÉMÉTER : déesse grecque de la terre cultivée (à la différence de Gaia, divinité de la Terre conçue comme entité cosmogonique), fille de Cronos et de Rhéa. Ses attributs sont l’épi, le narcisse, le pavot. On l’a identifiée avec la Cérès romaine. Sa fille Perséphone (Coré) ayant été enlevée par Hadès, Déméter éplorée parcourt le monde à sa recherche jusqu'à ce que Zeus ordonne au dieu des Enfers de restituer la fille à sa mère pendant six mois par an. Le sanctuaire principal de son culte était à Éleusis.

 

ATHÉNA : déesse grecque de la Sagesse, des Sciences et des Arts. Fille de Zeus, sortie tout armée du cerveau de celui-ci, elle personnifie ainsi la vivacité de l'intelligence créatrice. Avec la chouette comme emblème, elle préside à toutes les manifestations du génie humain. Elle est aussi une déesse guerrière, représentée debout, casquée, portant une cuirasse, l'égide (le bouclier), et armée d'une lance.

 

Déesse éternellement jeune, elle est la vierge (Parthenos) en l'honneur de laquelle fut érigé le Parthénon d'Athènes, ville dont, sous le nom d'Athéna Pallas, elle protège les habitants à l'ombre de sa statue, ou Palladion. À Rome, Minerve, déesse d'origine étrusque, lui fut assimilée.

 

 

POSÉIDON : dieu des Mers dans la mythologie grecque. Fils de Cronos et de Rhéa, il a reçu en partage la Mer tandis que son frère Zeus héritait du Ciel et Hadès des Enfers. Époux d'Amphitrite, il était armé d'un trident et avait un palais dans les profondeurs marines, d'où il faisait trembler la terre. Il était vénéré dans de nombreux lieux de culte, notamment Delphes, Athènes, Corinthe, les caps (Sounion, Ténare) et toutes les côtes de la mer.

 

APOLLON : dieu grec de la Beauté, de la Lumière et des Arts. Fils de Zeus et de Léto, frère d'Artémis, il est né à Délos. Après un séjour chez les Hyperboréens, il s'établit à Delphes, où il tue le dragon Python. C'est sur ces lieux que s'élève désormais son sanctuaire, d'où sont proférés ses oracles par sa prêtresse, la Pythie, juchée sur un trépied.

Il cherche à séduire tantôt une des Muses (il est, d'ailleurs, le chef de leur chœur), tantôt une nymphe (telle Daphné, qui, pour lui échapper, se métamorphose en laurier, l'arbre consacré à ce dieu de la Séduction). Avec la muse Thalie, il engendre les Corybantes ; avec Uranie, les musiciens Linos et Orphée.

Dieu de la Musique et de la Poésie, dieu solaire (les Romains l'appelleront Phœbus, «  le Brillant  »), protecteur des troupeaux, ami des fêtes et des chœurs, Apollon est une personnalité multiple, comme si, par une sorte de syncrétisme, plusieurs divinités fusionnaient en lui.


ARTÉMIS : déesse grecque de la Nature et de la Chasse. Fille de Zeus et de Léto, sœur aînée d'Apollon, elle est armée d'un arc et de flèches forgés par Héphaïstos, se fait accompagner des chiens que Pan lui a donnés et habite dans les montagnes ou les bois.

«  Inviolable et inviolée  », elle exprime sa colère contre les vierges qui cèdent à l'amour et favorise celles qui s'y refusent en faisant d'elles ses prêtresses. Les Romains l'ont adoptée sous le nom de Diane.

DIONYSOS : dieu grec de la Végétation, plus spécialement de la Vigne et du Vin, ainsi que de la Génération. Il est connu à Rome sous le nom de Bacchus. Les rites dionysiaques comportaient des processions animées par des chœurs qui, chantant et dansant, exécutaient en l'honneur du dieu un hymne appelé «  dithyrambe  ». Les participants étaient alors saisis par une exaltation mystique. Les fêtes appelées «  dionysies  » donnaient lieu à des concours de représentations théâtrales qui ont beaucoup contribué au développement de la tragédie et de l'art lyrique en Grèce. Introduit à Rome, le culte de ce dieu subit l'influence du mysticisme oriental.

 

HÉRA : Fille de Cronos et de Rhéa, elle épousa son frère Zeus, et cette union devint, malgré infidélités et querelles, le modèle des mariages humains. Héra était aussi une divinité de la Terre féconde, de la Végétation printanière et des Fleurs. À Rome, on l’identifia avec Junon.

 

HESTIA : déesse grecque du Foyer. Fille de Cronos et de Rhéa, vierge à qui l'on présentait l'épouse et les nouveau-nés, elle était vénérée au prytanée, foyer qui, dans chaque cité, était embrasé en son honneur et représentait le centre de la vie publique. À Rome, Hestia avait pour réplique Vesta.

 

ARÈS : dieu de la guerre et de la destruction dans la mythologie grecque. Fils de Zeus et de Héra (qui ne l’aiment pas), il est identifié à Mars chez les Romains. Il est d’ailleurs intéressant de comparer la haine qu'inspirait aux Grecs la force brute d'Arès au respect que portaient les Romains à son homologue Mars : on peut y voir le contraste de valeurs entre ces deux civilisations antiques.

 

HÉPHAÏSTOS : dieu grec du Feu, fils d'Héra et de Zeus, maître de la forge et du travail des métaux. Boiteux des deux pieds, peut-être nain et sale, il eut le cruel destin d'aimer les créatures les plus belles, notamment Aphrodite, qui le trompa souvent. Chez les Romains, il s'appelait Vulcain.

 

2°) Un univers fourmillant de mythes

 

Aucune mythologie n'est plus riche que celle imaginée par les Grecs pour entraîner leurs dieux dans toutes sortes d'aventures, héroïques ou amoureuses. Protagonistes de grands cycles épiques, ils se mêlent aux combats des hommes. Leurs amours donnent naissance à de nombreux mythes, car dieux ou déesses sont très attirés par les mortels. Zeus lui-même n'hésite pas à prendre de multiples formes pour approcher les femmes qui lui plaisent, devenant tour à tour taureau, cygne ou pluie d'or pour séduire :

EUROPE : figure féminine de la mythologie grecque dont la légende se rattache aux cultes crétois de l'époque minoenne. Fille d'un roi de Phénicie et sœur de Cadmos, elle fut enlevée par Zeus, qui, métamorphosé en taureau, l'emporta en Crète. De leur union naquirent Minos, Rhadamante et Sarpédon. Plus tard, Europe épousa Astérion, roi de Crète.

 

Léda, personnage de la mythologie grecque, femme de Tyndare, roi de Sparte. Elle fut aimée de Zeus, qui se métamorphosa en cygne pour la séduire. Leur union produisit deux œufs d'où sortirent deux couples de jumeaux, Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre.

 

ou Danaé, Fille d’Acrisios, roi d’Argos, qui l’enferma dans une tour. Zeus l’y rejoignit sous la forme d’une pluie d’or ; et elle accoucha d’un fils, Persée.

 

De ces unions naissent des « héros », à la fois divins et humains, dont les exploits sont à leur tour à l'origine de légendes multiples. Le plus populaire d'entre eux est Héraclès - que les Romains appelleront Hercule - qui détruit les monstres et les êtres malfaisants menaçant les humains au cours des célèbres Douze Travaux.

 

1e : tuer le lion de Némée

 

2e : tuer l'hydre de Lerne

 

3e : s'emparer de la biche de Cérynie

 

4e : capturer le sanglier d'Érymanthe

 

5e : nettoyer les écuries d'Augias

 

6e : abattre les oiseaux du lac Stymphale

 

7e : capturer le taureau crétois de Minos

 

 

8e : capturer les juments de Diomède

 

9e : s'emparer de la ceinture de l'Amazone Hippolyte

 

10e : Tuer le monstre Géryon

 

11e : Cueillir les pommes d'or du jardin des Hespérides

 

12e : enchaîner Cerbère

 

Les mythes permettent aussi aux Grecs d'établir des généalogies complexes et de faire descendre des dieux les familles royales de l'époque historique. Les récits de métamorphoses permettent enfin de reconnaître dans chaque fleur et chaque animal, un homme ou une femme transformés à la suite d'une mésaventure.

 

3°) De l'Olympe aux Enfers

A l'époque classique, les Grecs se représentent leurs dieux sous une forme humaine, avec quelques éléments distinctifs, comme la barbe de Zeus et de Poséidon ou les longues boucles brillantes d'Apollon. Ils sont toujours jeunes et toujours beaux. En effet, les dieux boivent du nectar, le breuvage divin à base de miel, et se nourrissent d'ambroisie, une nourriture qui est leur apanage, tous deux leur conférant l'immortalité. La plupart des dieux résident dans l'Olympe, la plus haute montagne du continent grec dont le sommet est généralement caché par les nuages. Leur principale activité dans ce domaine inaccessible aux humains est de se réunir dans de grands banquets au cours desquels ils aiment plaisanter et sont secoués de rires bruyants. Car les dieux éprouvent toutes les émotions humaines, l'amour ou la haine, la colère ou la compassion. Ils sont tour à tour belliqueux ou sentimentaux.
L'Olympe est le cadre de nombreuses intrigues et querelles tout à fait comparables à celles des mortels. Mais il existe aussi un autre royaume divin, qui se trouve sous la terre. C'est là que règne Hadès, frère de Zeus et souverain du sinistre monde des morts.

L’apparition des hommes
Il n'existe pas de « premier homme » dans la mythologie grecque, mais de multiples « premiers hommes » qui sont nés dans différentes régions de la Grèce, sortis de la terre comme une plante, ou d'un fleuve, ou bien encore modelés dans de la glaise par un dieu artisan.

 

Une légende fort connue concerne la première femme, Pandora (ou Pandore). Fabriquée par le dieu-forgeron Héphaïstos, elle a reçu tous les dons. Mais, poussée par la curiosité, Pandora soulève un jour le couvercle d'une jarre contenant tous les maux du monde. Ceux-ci se répandent alors sur la terre. Depuis lors, les hommes connaissent la souffrance, la mort et l'obligation du travail.

 

(Dieu du feu, Héphaïstos, laid et boiteux, est un habile ouvrier, qui, aidé par les Cyclopes, fabrique dans ses forges de l'Etna, armes, outils et mobiliers pour les dieux. Amphore, VIe siècle av. J.-C.)

(Vraisemblablement d'origine étrangère, célébrée par les marins orientaux, Aphrodite la déesse de la beauté et de l'amour, née de l'écume de la mer, est particulièrement honorée à Cnide et à Cythère. Aphrodite assise sur un cygne, terre cuite vers 450 av. J.-C.)

II - LES PRATIQUES

Dans un univers où tout est considéré comme divin, les Grecs accordent une grande importance aux pratiques témoignant de leur vénération à l’égard des Immortels. Pour eux, la piété ne consiste pas en un élan spirituel, mais en une stricte observance des rituels.

1°) Le culte familial

Tout est religieux en Grèce et aucun domaine de la vie publique ou privée n’échappe au sacré. Que ce soit chez lui ou dans la cité, chaque Grec a le devoir de se rendre les dieux favorables. Le premier lieu de culte est la famille et toutes les personnes d'une maison doivent participer aux cérémonies dédiées aux divinités protectrices. Ces rituels se transmettent par héritage de génération en génération. Le prêtre de ce culte familial est le père de famille qui doit veiller au respect des rites et accomplir les prières et les sacrifices imposés. Ce culte est exclusivement réservé aux membres de la maisonnée, et tous ceux qui n'en font pas partie en sont bannis. Pour cette raison, l'entrée d'un nouveau membre dans la famille, par naissance, par mariage ou par adoption, doit toujours donner lieu à une cérémonie d'admission.


Au centre de la maison, se trouve un foyer où brûle en permanence un feu consacré à la déesse Hestia. C'est devant ce foyer que se déroulent régulièrement de grands repas familiaux.

 

2°) Les représentants du sacré

Dans chaque cité, des prêtres sont les garants du respect des rites. Ces prêtres ne constituent pas une caste sacerdotale et leur fonction n'est pas liée à une vocation particulière. S'apparentant à des magistrats spécialisés, ils n'ont pas besoin de posséder des connaissances spécifiques. La présence d'un prêtre n'est d'ailleurs pas nécessaire lors d'une cérémonie : les magistrats ou les généraux peuvent accomplir sans eux les sacrifices. Un prêtre est toujours affecté au service d'une divinité précise. Il veille à l'entretien du temple de celle-ci, administre son trésor et accomplit les cérémonies traditionnelles. Selon les cités, les prêtres sont choisis de diverses manières : certains sont tirés au sort ou élus ; d'autres achètent leur charge. Quelques familles anciennes ont le monopole de certains sacerdoces. C'est ainsi que le principal prêtre d'Éleusis ne peut être pris que dans la famille des Eumolpides. En règle générale, un prêtre ne reste en fonction que pour une année. La cité lui verse une modeste rétribution et il reçoit une partie des viandes des sacrifices.

(Scène d'initiation aux mystères d’Éleusis. Les mystères étaient un ensemble de rites tenus secrets et réserves à des initiés. D'origine créto-égéenne, ceux d'Éleusis étaient les plus célèbres de l'Antiquité et honoraient le culte de Déméter, déesse du blé et de sa fille, Coré (ou Perséphone). Terre cuite, IVe siècle av. J.-C.)

3°) Des cultes dissidents

En marge des cultes officiels de la cité, il existe aussi des mouvements religieux qui font davantage appel au mysticisme des fidèles. Les plus renommés sont les pythagoriciens, les orphiques et les dionysiaques. Fondé au VIe siècle avant notre ère par le philosophe Pythagore , le pythagorisme se présente comme un ordre religieux placé sous l'autorité d'un maître. Leur communauté vit selon des règles strictes et les futurs pythagoriciens doivent se plier à un noviciat de plusieurs années pendant lequel ils écouteraient sans intervenir les leçons de la secte.

 

La plupart des pythagoriciens refusent eux aussi toute nourriture carnée et, respectant l'interdiction de porter des vêtements d'origine animale, s'habillent uniquement de lin blanc.

 

Proches des pythagoriciens, les orphiques se réclament d'un mysticisme ascétique patronné par le poète légendaire Orphée ( poète et musicien dans les légendes de la Grèce antique. Par son chant, il est le maître des créatures, charmant animaux, plantes et même minéraux. Ne pouvant supporter la mort de son épouse, Eurydice, il va la réclamer dans les Enfers à Hadès. Mais, sur le chemin du retour, avant d'être arrivé à la lumière, il se retourne, transgressant ainsi un interdit posé par le dieu. Eurydice lui est alors enlevée à jamais.)

 

La vocation des « orphiques » est de retrouver l'unité avec les dieux en dégageant leur âme des impuretés du corps. Se coupant volontairement de la vie de la cité, ils refusent toute nourriture carnée et interdisent de mettre à mort des animaux. Ils recherchent la pureté absolue en pratiquant le jeûne et en ne consommant que des céréales et du miel.

 

Bien qu'il soit un dieu reconnu officiellement par les Grecs, Dionysos a aussi pour sa part inspiré des pratiques secrètes, rejetées par le culte officiel. Ses fidèles se livrent à des fêtes extatiques, les « orgies », qui les plongent dans des états de transe incontrôlable.

 

Les bacchantes, les prêtresses de Bacchus (son autre nom), ou ménades, à moitié nues et frappant sur des cymbales, parcourent les forêts en dansant et en poussant des cris. Le rite principal consiste à dévorer cru les morceaux de l'animal victime d'un sacrifice !

 

Condamné pour impiété

 

En 399 av. J.-C., trois Athéniens accusent le philosophe Socrate « de corrompre la jeunesse par son enseignement, de ne pas honorer les dieux de la cité et d'en avoir introduit de nouveaux ». Il n'y a pourtant guère de preuves que le philosophe ait voulu instaurer une nouvelle religion et on sait qu'il était scrupuleux dans l'observance des prescriptions rituelles.

 

Cependant la méthode critique qui faisait l'originalité de son enseignement pouvait être considérée comme une remise en cause des traditions les plus vénérables. Cette accusation d'impiété lui vaut de passer en jugement. Plutôt que de chercher à se défendre, Socrate s'en prend au tribunal...

 

Sa condamnation à mort est votée par 80 voix de plus que celles qui avaient voté sa culpabilité. Courageusement, il refuse de fuir et boit au jour dit le breuvage à base de ciguë tachetée, une plante très toxique, qu'on lui présente. À sa femme Xanthippe qui se lamente de voir son mari mourir injustement, il répond « Préférerais-tu que je meure justement ? »

 

 

(Déméter fait l'objet d'un culte important car elle est à la fois déesse de la terre nourricière et de la fécondité des femmes. Les Thesmophories, en octobre, donnent lieu à de grandes fêtes en son honneur où l'on sacrifie en particulier des chèvres. Scène de sacrifice, vers 350 av. J.-C.)

 

III - LES LIEUX DE CULTE

Désireuses d'offrir aux dieux des demeures dignes de leur majesté, dans lesquelles ils aimeront résider au milieu des hommes, les cités grecques rivalisent d'effort pour bâtir de magnifiques sanctuaires où trônent de colossales représentations.

1°) Les espaces sacrés

 

 

Tout espace peut revêtir un caractère sacré à partir du moment où un dieu s’y est manifesté ou lorsqu'un héros y est mort. Une surface réservée à la divinité, le temenos, est d'abord délimitée sur le sol puis fermée par une clôture. On n'édifie pas obligatoirement un temple dans ce lieu protégé, mais on y élève toujours un autel, destiné aux sacrifices. Celui-ci peut être un simple monticule de terre, mais la plupart du temps, il se présente comme une construction en pierre, de forme ronde ou carrée, dont les façades latérales sont ornées de guirlandes ou de personnages sculptés. Les autels les plus simples peuvent être édifiés avec des cornes de chèvres comme le keratôn à Délos . C'est dans ces espaces sacrés que se déroulent les fêtes et on peut y voir les ex-voto et les plaques votives offertes par les fidèles au dieu. Sur certaines aires sacrées, comme l'Acropole d'Athènes ou l'Altis d'Olympie, on trouve plusieurs temples dédiés à des divinités différentes.

 

On veille à écarter d'un sanctuaire tout ce qui peut être une cause de souillure. C'est ainsi qu'à Délos,

 

il est interdit de naître ou de mourir ! Avant de pénétrer dans l'espace sacré, le fidèle doit se purifier en accomplissant des ablutions dans des vasques d'eau. Par ailleurs, un sanctuaire possède le droit d'asylie, c'est-à-dire que les suppliants venus se réfugier près de l'autel bénéficient de l'immunité judiciaire.

Dans chaque maison, après s'être purifié en se versant de l'eau (souvent de mer) sur les mains, le chef de famille verse sur l'autel des libations de vin, de miel, de lait ou d'huile suivant le dieu que l'on veut prier, puis ou fait brûler des parfums. (Vers 470 av. J.-C.)

2°) Les grands temples

Le temple ne constitue pas un élément indispensable à la religion grecque. En effet, ce n'est pas un lieu de culte et il ne sert qu'à abriter la statue de la divinité et son trésor. La population ne pénètre jamais dans les temples qui d'ailleurs sont fermés. Beaucoup ne sont ouverts qu'une fois dans l'année, à l'occasion d'une fête. Il existe des temples de différentes tailles, mais certains, par leur ampleur et leur luxe, comme ceux d'Apollon à Delphes et à Délos, de Zeus à Olympie ou d'Athéna à Athènes, sont célèbres dans toute la Grèce.

 

Les plus anciens temples se contentent de s'inspirer des palais des rois antiques. Ils ne comportent que deux colonnes de façade entourant l'entrée de la salle contenant la statue du dieu, ou naos.

 

Au Ve siècle avant notre ère, les temples de forme rectangulaire sont entourés par un péristyle extérieur. Cette colonnade peut être simple ou double.

 

Au-dessus des colonnes, se déroule une frise composée de panneaux à trois rainures verticales ou triglyphes, alternant avec des panneaux sculptés de bas-reliefs, les métopes.

 

Au-dessus de l'entrée du naos, toujours orientée à l'est, un grand fronton triangulaire est orné de figures représentant un épisode de la légende de la divinité.

 

La pierre des temples n'est pas laissée à l'état brut mais au contraire recouverte de peinture ainsi, sur le fronton du Parthénon à Athènes, les sculptures polychromes qui représentent la naissance d'Athéna se détachent sur un fond bleu vif tandis que les métopes sont sculptées sur un fond rouge.

 

Le temple de Zeus Olympien

 


Achevé vers 456 av. J.-C., après dix ans de travaux sous la direction de l'architecte Libon d’Elis, le temple de Zeus à Olympie est le plus grand sanctuaire construit jusqu'alors en Grèce continentale.

 

Mesurant 64 m de long sur 27 m de large, le temple est entouré d'un péristyle formé de 13 colonnes de chaque côté et six à chaque extrémité. On y accède par une rampe encadrée d'escaliers.

 

Entre les colonnes de pierre recouvertes de stuc blanc en poussière de marbre, on peut voir des statues de bronze et des ex-voto offerts par les cités.

 

Fermé par une porte en bronze à deux battants, le cœur du temple est composé de trois nefs divisées par des colonnes qui supportent des galeries en bois.

 

Celles-ci permettent de voir de plus près la statue colossale du dieu... mais elles ne lui arrivent encore qu'à la ceinture.

 

3°) Les statues des dieux

 

 

La représentation de la divinité est très importante pour les Grecs. Les plus anciennes statues, les xoana, sont en bois mal dégrossi. À partir du VIIe siècle avant notre ère, on prend l'habitude de sculpter les grandes figures divines en pierre ou en marbre. Pour honorer les dieux, on sculpte des statues qui magnifient leur beauté ou affirment leur puissance. Afin d'être bien identifiés, ils sont toujours dotés d'accessoires spécifiques :

 

le foudre de Zeus, le trident de Poséidon, l'arc et les flèches d'Artémis, les épis de blé de Déméter ou l'« égide » d'Athéna, une cuirasse portant en son centre la tète de Méduse.

 

De grands sculpteurs sont chargés de ce travail comme Phidias , auteur au Ve siècle avant notre ère des deux statues les plus célèbres de l'Antiquité.

 

La première, qui s'élève à l'intérieur du Parthénon, représente la déesse Athéna, en arme et portant sur la main droite une Victoire en or. Elle fait plus de 12 m de haut ! La seconde est un immense Zeus, dont les pieds, le torse et le ventre sont d'ivoire tandis que son himation , qui descend d'une épaule et recouvre les jambes, est constellé de pierres précieuses tout comme sa barbe et ses cheveux. Il est assis sur un trône fait d'ébène et de bronze. Cette œuvre sculptée pour Olympie est alors considérée comme l'une des Sept Merveilles du monde.

PHIDIAS : sculpteur grec (v. 490-431 av. J.-C.), fils de l'Athénien Charmidès. Dès avant 470, en compagnie de Myron et de Polyclète, il aurait travaillé sous la direction d'Hêgias.

 

Connue grâce à des textes précis, la statue chryséléphantine du Zeus d'Olympie a contribué à la célébrité de Phidias.

 

 

Une autre statue chryséléphantine, l'Athéna Parthénos (réplique du IIe s. au Musée national d'Athènes), destinée à orner l'intérieur du Parthénon, fut achevée vers 438. Phidias avait été chargé par Périclès de la décoration du Parthénon. Avec génie, il confère à la figure humaine une beauté noble et sereine, et au marbre une souplesse et un mouvement encore inconnus.

 

Le temple de Poséidon, à Paestum, colonie grecque d'Italie du Sud, est l'un des plus beaux témoignages du style dorique. Rectangulaire, ce temple est construit sur des lignes géométriques pures, qui se coupent selon des angles soigneusement calculés. (Vers 450 av. J.-C.)

IV - LES CÉRÉMONIES

Innombrables sont pour les Grecs les occasions de manifester leur respect à l’égard de leurs dieux. Chaque cité possède ses rites originaux qui vont des grands sacrifices aux manifestations collectives.

1°) Le sacrifice

Offrir aux dieux une partie de ce que l’on possède est un élément fondamental de la religion grecque. Chaque fête, chaque manifestation religieuse doit s'accompagner d'un sacrifice. On rend ainsi hommage à la divinité à l'intérieur de la famille ou dans la cité. Les motivations de ce rituel sont multiples : il peut être offert pour expier une faute, pour demander une faveur, pour honorer un dieu...

 

Il existe deux sortes de sacrifices : le non-sanglant, dans lequel on brûle des gâteaux, des fruits ou des légumes, et le sanglant au cours duquel on immole une victime animale. Pour le sacrifice sanglant, on choisit un animal domestique et comestible (bœuf, mouton, porc, chèvre ou volaille).

 

Ce choix ne se fait pas au hasard. En effet, à chaque dieu est réservée une espèce animale définie, mâle ou femelle, jeune ou adulte, d'une couleur déterminée. C'est ainsi que les victimes blanches sont réservées aux dieux du ciel et les noires aux dieux infernaux. On amène la bête vers l'autel couronnée de guirlandes et de bandelettes ; elle a parfois les cornes peintes en doré... Autour de l'autel, se trouvent les différents intervenants : une femme porte de l’eau lustrale , une autre un panier à trois cornes contenant des grains d'orge - sous lesquels est dissimulé le couteau destiné à immoler l'animal -, le sacrificateur et ses assistants, enfin ceux au nom desquels on va accomplir la cérémonie. À proximité de l'autel, il y a une table pour découper les chairs de la victime, un chaudron dans lequel on fera bouillir la viande, et des brochettes qui serviront à griller les entrailles de la bête.

 

 

L'officiant accomplit les rites de purification. Puis il consacre l'animal en coupant sur sa tête quelques poils qu'il jette dans les flammes du bûcher, avec les grains d'orge du panier.

 

Un sacrificateur vêtu de blanc égorge alors la victime : si le sacrifice est accompli pour un dieu du ciel, la gorge de l'animal sera dirigée vers le haut et s'il est offert à une divinité infernale, vers le bas. Puis on découpe la victime en morceaux. Certains sont brûlés sur l'autel pour que leur fumée odorante parvienne jusqu'aux dieux. Le prêtre prélève la part qui lui est réservée, tandis que les viscères grillés et le reste de l'animal bouilli sont partagés entre les assistants. Lors de cérémonies particulièrement solennelles, on offre une hécatombe , c'est-à-dire un sacrifice de cent bœufs !

On sacrifie aussi aux dieux des fruits, des légumes ou des boissons, comme ici en hommage à Apollon. (Cratère, vers 430 av. J.-C.)

 

2°) Les processions

 

La pompé, ou procession, est l’élément le plus festif des grandes cérémonies organisées par les cités en l'honneur d'un dieu. Le peuple tout entier conduit les victimes jusqu'à l'autel où elles seront sacrifiées.

 

Pour manifester sa joie, chacun a revêtu ses habits de fête et porte une couronne sur la tête. La pompé traverse la ville dont les rues sont décorées de guirlandes de fleurs et, tout au long du trajet, de l'encens brûle sur de petits autels.

 

La plus célèbre procession de Grèce a lieu à Athènes lors des Grandes Panathénées qui, tous les quatre ans, rassemblent l'ensemble de la population de l'Attique pour célébrer Athéna.

 

Le sixième jour de la fête, la procession part du quartier du Céramique et se dirige vers l’Acropole pour apporter à la déesse le voile tissé et brodé par les jeunes Athéniennes. La frise des Panathénées ornant le Parthénon permet de reconnaître les différentes composantes de la cité participant à la procession :

 

en tête marchent les magistrats, les prêtres et les sacrificateurs menant les bœufs destinés au sacrifice.

 

Ils sont suivis par les jeunes filles portant le voile sacré, et des vieillards brandissant des branches d'olivier.

 

Viennent ensuite les citoyens et leur famille, les métèques portant des petits bateaux pour témoigner de leurs origines étrangères et les délégations des villes alliées. La cavalerie d'Athènes ferme le cortège.

 

(Une femme, portant la corbeille avec les instruments sacrificiels, se rend à l'autel. Suivent un garçon conduisant le mouton, deux musiciens, deux femmes avec des rameaux et des bandelettes, et le père de famille. Scène de sacrifice, vers 540 av. J.-C.)

3°) Libations et offrandes

 

En plusieurs occasions, les Grecs ont l'habitude d'offrir des libations. La plus courante, le spondê, se pratique au début d'un repas, avant de partir ou en revenant d'un voyage, avant de commencer une guerre.


Elle consiste à verser sur le sol quelques gouttes de vin mêlé d'eau ou d'un mélange de vin, de lait et de miel, en prononçant une prière. Puis on boit le reste.

 

Si les libations ont un caractère éphémère, les offrandes en revanche sont faites pour durer. Ce sont des dons offerts aux divinités, qui peuvent prendre toutes sortes de formes : pour marquer son passage à l'âge d'homme, un éphèbe offrira sa chevelure tandis qu'une jeune femme déposera ses jouets d'enfant à la veille de son mariage... On y remet aussi des objets personnels et des outils de travail, des statuettes de terre cuite ou des textes gravés sur une plaque.

 

Les cités font elles aussi des offrandes : statues colossales, trépieds en or, et monuments comme les « Trésors ».

 

(Sur ce vase funéraire, est représentée l'urne des visites an tombeau du défunt que les femmes effectuent régulièrement. Elles viennent faire des libations ou déposer leurs offrandes, couronnes de fleurs, coffrets, corbeilles... pour assurer le bien-être du mort dans l'au-delà. Lécythe blanc, vers 440 av. J.-C.)

4°) Le sanctuaire de Delphes

 

 

Les Grecs considèrent comme essentiel de connaître l'avenir et ils ont à leur disposition de nombreuses techniques qui leur permettent de décrypter les signes donnés par les dieux. Ils privilégient la divination par les oracles , les songes ou l'« enthousiasme » prophétique.

 

Il existe en Grèce de nombreux sanctuaires à oracles, dont chacun a sa spécificité : ainsi à Dodone, en Épire , les prêtres de Zeus interprètent le bruissement du vent dans les feuilles d'un chêne consacré au dieu.

 

À Lébadia, en Béotie , le « héros » Trophonios rend ses oracles de façon surprenante : le consultant est introduit les pieds en avant dans une crevasse de la montagne où un tourbillon l'aspire. Les visions qui lui apparaissent dans un état de semi-inconscience seront interprétées par les prêtres à son retour.

 

Mais le principal site de divination est le sanctuaire d'Apollon à Delphes , qui attire des dévots de la Grèce entière et même des pays étrangers. Accroché à une paroi rocheuse et dominant un vaste panorama, le complexe cultuel réunit temple, chapelles, autels.
Tout le long de la Voie sacrée, les villes grecques ont dédié au dieu des « Trésors », petites constructions en forme de temples qui témoignent de leur puissance et de leur richesse.

 

Delphes est un kaléidoscope étourdissant de couleurs, de sons et d'odeurs. Toute la bourgade est vouée au « tourisme religieux », avec ses hôtelleries pour les voyageurs et ses artisans travaillant dans les ruelles, graveurs de stèles et sculpteurs de statuettes, forgerons fabriquant les couteaux de sacrifice, marchands d'objets de piété que les pèlerins emporteront en souvenir. Dans une cohue indescriptible, les pèlerins se bousculent sur la Voie sacrée, assourdis par les cris des marchands ambulants qui proposent boissons et nourriture, bousculés par les animaux conduits au sacrifice, ivres du parfum de l'encens et des guirlandes de fleurs. Dans l'enceinte sacrée, tandis que l'odeur des chairs grillées des victimes emplit l'air, les ex-voto en bronze, en argent ou même en or étincellent sous le soleil.

(La purification tient une grande place dans la religion. Le plus souvent, elle se limite a se laver les mains avant les libations mais pour des cérémonies plus importantes, on doit se laver les cheveux ou d'antres parties du corps. IVe siècle av. J.-C.)

 

5°) Consulter la Pythie

 

La principale motivation des pèlerins venant à Delphes est de consulter la Pythie, porte-parole d'Apollon. Elle n'appartient pas au clergé du temple et c'est une femme âgée sans connaissances particulières. À l'époque la plus prospère de Delphes, il y a trois Pythies, deux en activité et une suppléante en cas de besoin. Les dévots ne peuvent interroger la prophétesse que neuf jours par an.

 

Tous doivent acquitter une taxe de montant variable : pour les cités qui viennent consulter, elle est onze fois plus importante que pour les particuliers. Après avoir fait leurs ablutions dans la source Castalie, les pèlerins se rassemblent autour des prêtres d'Apollon qui doivent vérifier si le dieu désire être interrogé : pour cela, on asperge une chèvre d'eau froide. Si l'animal tressaille, c'est qu'Apollon est là. Sinon, il est nécessaire d'attendre un jour plus favorable. Dans tous les cas, la chèvre est ensuite sacrifiée. Puis les prêtres et la Pythie accompagnent les pèlerins vers le temple et une crypte située en contrebas, le manteion. L'ordre de passage des pèlerins a été tiré au sort, mais certains d'entre eux disposent de « cartes de priorité » pour services rendus au sanctuaire. Cela les autorise à être les premiers à interroger la Pythie. Les femmes, qui n'ont pas l'autorisation de pénétrer dans le manteion, se font représenter par des intermédiaires.

 

Dissimulée à la vue des dévots dans l'adyton ou Saint des Saints, la Pythie s'assied sur le trépied d'Apollon, un chaudron en métal porté par trois pieds, et, en mâchant des feuilles de laurier, boit de l'eau puisée à la source Castalie. Elle entre alors dans un état de transe, pendant lequel elle prononce des paroles incohérentes.

À la suite de cette cérémonie, les consultants gagnent le « Bureau des oracles », dans lequel les prêtres rédigent en vers le texte de la réponse divine. Un procès-verbal est conservé dans les archives du sanctuaire et une copie en est remise au pèlerin.


6°) Des oracles ambigus

 

Les oracles de la Pythie, même mis en forme par les prêtres, sont de véritables énigmes et il faut faire appel à des exégètes pour les interpréter, au risque de se tromper. Car il y a toujours deux possibilités pour comprendre le sens de l'oracle comme en témoigne la mésaventure arrivée au roi de Lydie (1) , Crésus (2) .

 

(1) Lydie, royaume de l'Asie Mineure, dont la capitale était Sardes. Ses rois les plus célèbres furent Gygès et Crésus. La Lydie tomba au pouvoir des Perses en 547 av. J.-C.

 

(2) CRÉSUS, dernier roi de Lydie (561-546 av. J.-C.). Il devait sa légendaire richesse au trafic commercial, aux mines d'or de son royaume et à la rivière, le Pactole, qui roulait des paillettes d’or. Il fut sans doute le premier souverain à frapper des monnaies d'or et d'argent. Il fut vaincu et exécuté par le roi de Perse Cyrus II.

 

Avant de se lancer dans la guerre contre les Perses, il avait envoyé des ambassadeurs consulter la Pythie qui répondit : « Si Crésus déclare la guerre, un grand empire sera détruit ! » Confiant dans ses forces militaires, Crésus se persuada qu'il serait donc le vainqueur. Mais c'est sa capitale qui est prise et pillée, son royaume qui est détruit. Les oracles de la Pythie ne sont toutefois pas toujours bien acceptés ; on la soupçonne de partialité. Ainsi, pendant les guerres médiques , on lui reproche de « médiser », c'est-à-dire de rendre des oracles favorables aux Mèdes . Puis lors des conflits du Péloponnèse , de « laconiser », c'est-à-dire de prendre le parti des Lacédémoniens . Pour se rassurer, les Grecs consultent alors d'autres oracles, à Lébadia ou à Dodone, par exemple.

La prière
Tout acte cultuel, sacrifice ou libation, s'accompagne d'une prière. Lors des cérémonies, on répète des formules liturgiques, fixées depuis des siècles, et dont on ne doit modifier ni les paroles ni le rythme. Dans la plupart des cas cependant, la prière est spontanée et varie selon les intentions de celui qui la prononce. Le croyant prie debout, la tête découverte et la main droite levée vers le ciel. Il doit exprimer sa demande à voix haute et commencer par une invocation au dieu dont il entend se concilier la faveur.
Certaines prières se présentent comme des hymnes chantés, tel le « péan » entonné par les soldats avant le début d'une bataille ou les chœurs interprétés par des enfants, garçons et filles, lors des cérémonies officielles.

V - LES FÊTES CULTUELLES

Rituels d’origine agraire célébrés par des citadins, grandes manifestations populaires où se rassemblent des dévots venus de toute la Grèce, célébrations mystiques réservées à des initiés, autant de fêtes de nature religieuse qui rendent hommage aux dieux.

1°) Le calendrier liturgique

Chaque cité possède son propre calendrier déterminé par les fêtes que ses habitants doivent respecter. Les Athéniens disposent de trois calendriers différents ; mais un seul, placé sous le contrôle d'un archonte , établit officiellement les dates des célébrations religieuses. Ce magistrat supérieur peut seul, pendant l'année, ajouter ou supprimer des jours dans un mois, ce qui permet en cas de nécessité de reculer ou d'avancer le jour de la fête sans en modifier la date officielle. À Athènes, tous les mois, sept journées sont réservées à des cérémonies en l'honneur de chacune des grandes divinités. Les trois derniers jours du mois sont plus particulièrement consacrés aux morts et aux divinités infernales. Mais il y a aussi des fêtes annuelles réparties au fil des douze mois de l'année. Ceux-ci tirent d'ailleurs généralement leur nom de la célébration la plus importante du mois. Par exemple le mois d'anthestérion, qui correspond à février, a pour fête principale les Anthestéries. Enfin, il y a de grandes fêtes quadriennales. Au total, le calendrier athénien compte plus de 120 jours de fête chaque année, pendant lesquels on ne travaille pas...

2°) Fêtes privées et fêtes publiques

Les fêtes en l'honneur des dieux doivent toujours comporter un sacrifice et une procession. Dans les familles, le mariage et la naissance d'un enfant donnent lieu à des cérémonies religieuses qui se terminent par un grand festin. Pendant les Apaturies en octobre, on présente les enfants nés dans l'année dans les phratries . Les habitants des dèmes honorent par des cérémonies collectives leurs héros protecteurs. À ces occasions réservées à des groupes particuliers, s'ajoutent toutes les grandes fêtes, propres à chaque cité, ou communes à plusieurs cités, ou célébrées par tous les Grecs. Le calendrier athénien prouve que beaucoup de ces manifestations trouvent leurs racines dans des rites agraires archaïques. Au mois de février, les Anthestéries, dédiées à Dionysos, célèbrent la complète fermentation du vin pressé à l'automne précédent.
À l'époque des moissons, on offre à Déméter, lors des Thalysies, les prémices des récoltes. Pour la fête des fruits au mois d'octobre, les Pyanepsies, on apporte à Apollon des rameaux garnis de fruits. Les Thesmophories en octobre, consacrées aux semailles, sont célébrées par les femmes mariées. Enfin, lors de la fête des vendanges ou Oschophories, on brandit en l'honneur de Dionysos des branches de vigne portant des grappes de raisin. Les très grandes fêtes, comme les Panathénées et les Grandes Dionysies à Athènes, durent plusieurs jours et comportent des manifestations diverses, épreuves sportives, concours théâtraux, repas collectifs. Lorsqu'il s'agit de fêtes dont les participants viennent de toute la Grèce, les cérémonies religieuses se doublent d'une grande foire commerciale installée en général à proximité du sanctuaire.

Les épreuves de l’initiation d’après Plutarque

« C'est d'abord une marche au hasard avec de pénibles circuits au sein de l'obscurité à travers de redoutables passages, sur une route interminable. Avant d'arriver au bout, la frayeur est à son comble : on frissonne, on tremble d'épouvante, une sueur froide vous glace. Mais ensuite une lumière merveilleuse éclate à vos regards. On est transporté dans des lieux de délices, d'où s'échappent des voix et des harmonies sacrées, où l'on entend des paroles saintes, où l'on voit des chœurs de danses et de divines apparitions. »

3°) Les mystères

 

Les mystères sont des célébrations cultuelles comportant une révélation accessible aux seuls initiés. Ces derniers, grâce aux cultes à mystères qui existent dans tout le monde antique, peuvent s'assurer le salut éternel après leur mort terrestre et doivent garder un secret absolu sur les épreuves qu'ils ont subies.

Les mystères les plus célèbres de l'Antiquité sont ceux d'Éleusis près d'Athènes, consacrés à Déméter et à sa fille Perséphone.

Au printemps, les futurs initiés ou « mystes » participent aux Petits Mystères au cours desquels ils reçoivent un début d'initiation. Au mois de septembre, les Grands Mystères se déroulent pendant dix ou douze jours à Athènes et à Éleusis. Une première procession transporte d'Éleusis à Athènes les hiera, objets sacrés des déesses cachés dans des corbeilles. Puis, le lendemain, les « mystes » marchent vers la mer, sacrifient un porc et se purifient en se plongeant dans l'eau. Le sixième jour, une immense procession, couvrant les 20 km séparant Athènes d'Éleusis, ramène les hiera dans le sanctuaire éleusinien. C'est une grande fête pour tous les habitants de l'Attique et des cités grecques qui, la tête coiffée d'une couronne, suivent le cortège des prêtres et des « mystes ». Tout au long du trajet, on peut voir des spectacles de danse et de chant. Une fois que les hiera ont réintégré le temple d'Éleusis, commencent alors trois jours d'initiation réservés aux seuls « mystes ». Ils subissent de nombreuses épreuves avant d'avoir la révélation du bonheur éternel.

(Dionysos est l'un des dieux en l'honneur duquel ou organise de nombreuses fêtes. Cette scène est inspirée des célébrations populaires des Dionysies rustiques, où l'on transporte un grand phallus décoré de lierre. (VIe siècle av. J.-C.)


VI - SUPERSTITION ET MAGIE

Parallèlement aux croyances et aux rites de la religion officielle, il existe en Grèce des pratiques fort populaires tenant de la superstition et de la vénération pour les forces obscures de l'univers. Les textes magiques sur papyrus et les tablettes d'envoûtement témoignent du pouvoir de ces magiciens.

1°) Écarter le mauvais œil

L’univers des Grecs est régi par de multiples superstitions, interdictions ou obligations. Certains jours du mois sont considérés comme néfastes et il faut éviter d'y accomplir des actes importants, comme faire des semailles ou se marier. Il faut se garder aussi de certains gestes, porteurs de malheur car ils offensent les dieux : ainsi, il ne faut pas traverser un fleuve sans avoir fait une prière, se couper les ongles pendant un sacrifice, asseoir un petit enfant sur une tombe... Mais, même s'il se garde de mécontenter les dieux en veillant à ne pas transgresser ces interdits, le Grec redoute d'être la victime d'un jeteur de sorts. Aussi a-t-il soin de conjurer le mauvais sort et de le chasser en projetant les doigts en avant ou en crachant autour de lui. Il porte des amulettes, bagues, médaillon, bracelets, qui doivent le protéger des jeteurs de sorts. Certaines pierres magiques sont gravées d'images de divinités favorables ou d'inscriptions protectrices : « Bonne chance ! », « Longue vie ! », « Dehors ! mauvais sort ». D'autres portent une amulette représentant le « mauvais œil », la pupille transpercée d'un couteau. Le célèbre Périclès lui-même, sur le point de mourir, dévoile à un ami celle que les femmes de sa maison lui ont passée autour du cou.

(Sur ce vase, on peut voir vraisemblablement l'examen du foie d'une victime avant une bataille. L'homme au centre, un hoplite, brandit un morceau du foie que lui tend un garçon. Mais la consultation ne semble pas prendre une heureuse tournure : la femme (à gauche) et l'archer (à droite) en costume scythe lèvent les mains dans un geste de consternation.)

Les abus de la superstition selon Platon

« Des quêteurs charlatans, des devins se présentent aux portes des riches, les persuadent qu'ils sont les détenteurs d'un pouvoir donné par les dieux. Si on a un ennemi à qui on veuille nuire économiquement, ils se font fort de pouvoir lui causer du préjudice en suscitant contre cet ennemi les esprits malfaisants et en le ligotant par des sortilèges. »

Comment connaître l’avenir ?

 

Pour répondre aux interrogations de leur clientèle, les devins font appel à différentes techniques permettant de connaître l'avenir : la « cléromancie » ou tirage de sorts (petits cailloux, morceaux de bois portant des signes, mélangés dans un récipient),


« l'ornithomancie » ou examen du vol des oiseaux,

 

« l'oniromancie » ou interprétation des songes,« l'hydromancie » ou analyse des taches d'huile jetée dans de l'eau,

 

la « nécromancie » ou évocation des âmes des morts,

 

l'« ooscopie » ou observation de la manière dont éclate un œuf

 

ou la « kaskinamantie » qui permet de savoir comment guérir une vache malade. L'astrologie était également très à la mode.

 

Tout était signe : catastrophes naturelles, éclipses, phénomènes célestes, handicaps à la naissance. L'interprétation était faite par de simples particuliers mais surtout par les devins.

2°) Magiciens et sorciers

Tout un petit peuple de « spécialistes » profite, plus ou moins honnêtement, des craintes superstitieuses de la population. Des sorciers, vagabonds et bruyants, impressionnent les âmes simples par leurs drogues mystérieuses ou leurs incantations spectaculaires. Les Grecs connaissent aussi la magie venue de Perse, science se rattachant à la divination, à la médecine et à l'astrologie. De nombreux professionnels de la sorcellerie se réclament du patronage prestigieux des mages perses pour justifier leurs pratiques destinées à soumettre les « démons » à leur volonté. Les femmes de Thessalie , qui prétendent détenir les secrets de la mythique magicienne Médée , jouissent d'une très grande notoriété dans tout le monde antique. Sorciers et magiciennes se vantent de pouvoir modifier l'ordre de la nature, comme d'arrêter la course du soleil ou de faire descendre la lune sur la terre. En fait, les consultants viennent plutôt les trouver pour des raisons plus prosaïques : prédire l'avenir, écarter le mauvais œil, obtenir la guérison d'une grave maladie, éliminer un rival en politique ou en affaires, remporter la victoire dans un procès… mais aussi ramener un amant volage ou rendre fou d'amour un bel indifférent.

(Ces quatre osselets en os portent des inscriptions gravées, tel Eopth (signe de bon augure). Ils servent aux devins pour connaître l'avenir de leur client, en les tirant au sort dans un récipient.)

3°) Les ingrédients de la cérémonie magique

Ceux qui viennent consulter une sorcière appartiennent généralement aux classes les plus basses de la société, mais parfois des hommes ou des femmes de milieux aisés n'hésitent pas à recourir aux charmes d'amour et de mort dont les magiciens ont le secret. La cérémonie magique emprunte beaucoup au domaine religieux : incantations et offrandes aux « démons », êtres intermédiaires entre les hommes et les dieux, purification par l'eau et le feu.

 

Les magiciens et les sorcières ont à leur disposition tout un attirail spécifique destiné à impressionner les consultants. Ils utilisent des ossements et autres débris macabres dérobés dans des tombeaux, des cheveux et des rognures d'ongles dérobés à l'être qu'on veut envoûter, des figures de cire à l'image de la victime, transpercées de clous.

 

Les magiciens fabriquent aussi des tablettes d'envoûtement, minces lamelles de plomb, un métal gris comme la mort. On y inscrit un texte vouant la victime aux divinités infernales puis on enroule la lamelle sur elle-même avant de la percer d'un clou. Elle sera ensuite subrepticement placée dans un tombeau. Le mort se chargera de transmettre la demande aux « démons ».

 

Par de nombreux artifices de rédaction, on renforce la force contraignante du texte de la tablette : invocations à des divinités étrangères, texte écrit de droite à gauche, écriture mystérieuse mélangeant des alphabets variés et des signes cabalistiques, formules magiques composées de suites de lettres apparemment sans signification, dessins effrayants d'animaux ou d'êtres démoniaques. Des listes de rituels et de formules circulent, dans lesquels les magiciens transmettent leur savoir.

VII - LES RITUELS DE LA MORT

La mort est à la fois une séparation avec un être cher et une souillure pour les vivants qu’il faut éliminer en rendant au défunt des honneurs funèbres à composantes religieuses. Ainsi les rituels accompagnant les funérailles sont-ils particulièrement codifiés.

1°) Les funérailles

Il est indispensable pour les Grecs de rendre à un mort les devoirs qui sont destinés à lui permettre de passer dans le monde de l’au-delà. Le pire châtiment qu'on puisse infliger à un criminel est de le priver de sépulture.

 

À peine le dernier souffle exhalé, on ferme les yeux du mort et on glisse dans sa bouche une pièce de monnaie qu'il donnera à Charon, le batelier, pour payer sa traversée du fleuve des Enfers.

 

Les femmes de la maison lavent le corps, l'oignent d'huile parfumée et le revêtent d'habits blancs. On couche ensuite le cadavre sur un lit de parade placé dans le vestibule de la maison et visible de la rue. Tout autour on dispose des offrandes. Cette exposition du mort dure pendant une journée au cours de laquelle parents et amis viennent saluer le corps. À la porte de la maison, un vase d'eau leur permet de se purifier les mains en sortant. Tout autour du lit de parade, les femmes se lamentent bruyamment et s'arrachent les cheveux couverts de cendres en signe de deuil. Le lendemain de l'exposition, on transporte le corps vers son lieu d'ensevelissement, sur une litière portée par des hommes ou sur un char tiré par des chevaux ou des mulets. Le cortège est précédé par une femme portant un vase d'eau pour les libations et accompagné de joueurs de flûte. Cette opération doit avoir lieu avant le lever du soleil pour ne pas souiller l'astre par le spectacle d'un cadavre. Seuls les membres de la famille, hommes et parentes proches, ont le droit de figurer dans ce cortège. Le corps est généralement inhumé, plus rarement incinéré, et il est placé dans son tombeau entouré d'offrandes et d'objets familiers : on dispose près des petits enfants leurs jouets, près des femmes leurs bijoux.
La cérémonie se termine par une libation et un sacrifice. Enfin la famille se réunit dans la maison du défunt pour un banquet funèbre. Trois fois dans le mois qui suit l'inhumation, la parentèle se réunit à nouveau près du tombeau pour de nouveaux sacrifices et repas commémoratifs.
(Le défunt est représenté peut avant sa mort.) Il arrivait qu'en sentant sa fin venir, l'homme fasse venir les membres de sa famille et ses amis proches. Ce geste d'adieu, avait pour but de régler ses affaires, de préparer ses funérailles afin de s'assurer de son séjour dans l'au-delà. Vers 350 av. J.-C.)

2°) Tombes et monuments

Les tombeaux se trouvent toujours à l'extérieur des cités, alignés le long des routes. À Athènes, le cimetière le plus important est situé dans la partie extérieure aux murailles du quartier du Céramique. La tombe est recouverte d'un tumulus de terre sur lequel on dépose soit un grand vase, soit une stèle. Sur cette pierre tombale, un bas-relief représente la personne enterrée dans son intérieur, en compagnie d'un membre de sa famille, d'un esclave ou d'un animal familier. Une épitaphe en vers rappelle l'identité du défunt. Certaines familles riches construisent pour leurs morts des monuments plus importants en forme de petites chapelles. Les législateurs veillent à ce que les pratiques funéraires ne témoignent pas d'un luxe ostentatoire et fixent le prix des différents objets nécessaires aux funérailles. Des amendes frappent ceux qui dépassent le montant des dépenses funéraires fixé par la cité. Il existe aussi dans les cités un tombeau public où sont solennellement enterrés les soldats morts pour la patrie. Modestes ou somptueux, les tombeaux reçoivent les visites des familles qui viennent honorer par des offrandes et des libations les défunts à l'occasion des anniversaires de leur naissance et de leur décès.

Hormis les pleureuses à gages, seules les parentes du mort (jusqu'au degré de cousinage) ont le droit de sortir et de suivre le cortège. (IVe siècle avant J.-C.)

3°) Tartare et Champs Élysées

Les Grecs se représentent les morts comme des ombres impalpables qui mènent une existence triste dans le royaume des morts, les Enfers ou « lieux sous la terre ». C'est un monde obscur et humide où règnent le dieu Hadès et son épouse Perséphone. Deux étapes marquent le passage du défunt du monde des vivants à celui des morts : il doit d'abord se faire admettre dans le royaume d'Hadès puis subir le jugement qui décidera de son sort pour l'éternité. Pour pénétrer dans ce monde souterrain, le défunt doit traverser deux fleuves, le Styx à l'eau empoisonnée et l'Achéron, figuré par un grand marais vaseux encombré de roseaux. Un terrible chien à trois têtes, Cerbère, tente de lui interdire le passage. Puis, pour atteindre l'autre rive de l'Achéron, le mort doit emprunter la barque conduite par un vieillard repoussant, Charon, qui réclame pour ce service une pièce de monnaie. Ceux qui ne peuvent « payer leur obole » sont repoussés.
Ils erreront pour l'éternité à la porte des Enfers... Le rôle des parents du défunt est donc essentiel : sans eux, personne ne placera la pièce de monnaie indispensable entre ses dents. Une fois dans le royaume infernal, l'âme du mort est confrontée à trois juges, Minos , Éaque et Rhadamante . Selon le jugement qu'ils portent, le mort ira rejoindre les damnés dans le Tartare, où il subira pour l'éternité des supplices épouvantables, ou au contraire il retrouvera les bienheureux qui s'ébattent dans les Champs Élysées, une grande prairie semée de fleurs et baignée d'une lumière éclatante.

Un héritier respectueux des rites (Isée )

« Moi, son fils adoptif, j'ai soigné Ménéclès de son vivant avec l'aide de ma femme. J’ai donné son nom à mon petit garçon afin que son nom de famille ne disparaisse pas. A sa mort, je lui ai fait des obsèques dignes de lui et de moi. Je lui ai élevé un beau monument. J’ai célébré la cérémonie commémorative au troisième et au neuvième jour et les autres cérémonies funèbres, le tout de mon mieux, au point de mériter l'éloge unanime des gens de mon dème. »

(Derrière la pleureuse qui ouvre le cortège, avance le char, tiré par un cheval. Le mort, dont on distingue le visage, est étendu sur la caisse à claire-voie. Puis viennent les hommes de sa famille.)