VII - LES EFFETS DE L'IDÉE DU BEAU DANS LE MONDE SENSIBLE
Mais de même que dans le processus de la dialectique, il y a une montée du sensible aux Idées et de là au principe de ces Idées, il y a une redescente de ce principe aux Idées dont on est parti ; dans la suite des discours et la progression générale du dialogue nous retrouvons un mouvement ascendant et un mouvement descendant.
Ainsi dans le Banquet, la réflexion s'élève progressivement de considérations anodines (Phèdre, Pausanias) à des considérations plus profondes (Eryximaque, Aristophane, Agathon) sur l'amour, jusqu'au principe même de ce qu'est l'amour : le Beau ; et quant au beau lui-même, Diotime invite Socrate à s'élever de la considération des beautés sensibles à celle des beautés intelligibles jusqu'à l'Idée de Beauté.
Ensuite Diotime considère - à la toute fin de son discours - les effets de l'idée de Beau dans le monde sensible.
Quels sont donc ces « effets » ?
On pourrait affirmer simplement que tout ce qui est jugé beau est un effet, une émanation de la Beauté en soi. Mais ce serait d'emblée attribuer aux choses sensibles la cause de leur beauté et mêler les plans du sensible et de l'intelligible. La beauté en soi ne produit, dans les beautés visibles, que ce qui est d'essence spirituelle ou immatérielle ; par exemple dans un corps, sa beauté ne lui vient pas de sa chair, de sa couleur, de son teint, de ses formes, mais de la simple présence d'une âme qui fait vivre ce corps, lui donne présence, charme, harmonie, autant de notions peu matérielles ou sensibles. De même la beauté morale d'une action ou d'une loi n'est pas dans cette action ou cette loi particulière, pas plus que la beauté d'une science ne vient de la nature de la science elle-même ; elles procèdent d'une beauté qui les traverse et les illumine sans s'y trouver réellement. C'est pourquoi des actions diverses peuvent être jugées semblablement belles, et les règles morales recèlent quelque universalité, ou encore des sciences distinctes possèdent une beauté commune...
Tous les effets moraux, psychologiques, universels... de la Beauté, les premiers orateurs les attribuaient à l'amour. Alors que l'amour sous toutes ses formes est lui-même un effet de la beauté.
« L'amour est enfantement dans le beau », dit Diotime. Mais l'enfantement n'est pas une conséquence de l'amour ; le désir d'enfantement, on l'a vu, est à l'origine de l'amour. Ce désir d'enfantement est à son tour provoqué par un désir d'éternité ; or ce désir d'éternité est lui-même dû à la parcelle d'éternité, de divin qui est en nous, à l'Idée de Beauté qui est au plus profond de chacun de nous.
C'est pourquoi le simple rappel - même lointain - de cette Idée, m'inspire, me rend riche, fécond, plein de ressources, et me délivre de mon indigence, de mon état de manque (Eros est fils de Ressource et de Pauvreté d'après Diotime). L'homme manque d'absolu, d'éternité. La simple vision du beau comble un tant soit peu, ne serait-ce qu'un instant, ce manque.
Encore faut-il que l'homme prenne conscience de ce manque. L'on peut se contenter simplement du plaisir que procure la vision d'un beau corps et de l'union avec ce corps. Mais c'est alors gaspiller l'élan, l'énergie que me procurait le spectacle d'une chose belle.
Le discours de Diotime est de ce fait la stricte antithèse de celui d'Aristophane : l'élan amoureux ne doit pas s'éteindre, se perdre dans l'union avec l'autre, avec l'être aimé, mais bien plutôt être capté, soutenu pour tirer de l'âme ses richesses. Il doit être utilisé comme une « maïeutique » pour permettre à l'âme d'enfanter de ce dont elle est riche.
VIII - SOCRATE ET ALCIBIADE
La dernière partie du Banquet, l'éloge de Socrate par Alcibiade, illustre à merveille cette capacité de l'élan amoureux. Alcibiade, à la vue de la beauté de Socrate, beauté morale bien plus que physique, n'est plus le même homme. Quelque chose l'a piqué au vif, saisi, mordu. Lui, l'illustre homme politique, porté aux nues par la foule est comme ramené de force, par la simple fréquentation de Socrate, à considérer la pauvreté de son existence.
Socrate le révèle à lui-même. Socrate lui révèle sa vérité. Il l'invite à se détourner des séductions de ce monde sensible et en particulier de la politique pour se tourner vers les beautés de sa propre âme qu'il ignore. Non en le poursuivant de son amour mais en se faisant aimer ; car il en est ainsi du Beau : il suscite l'amour - et Socrate plus qu'aucun autre possède une beauté intérieure divine. Socrate fascine Alcibiade, comme il en a sans doute fasciné d'autres, ne serait-ce que l'Apollodore qui nous fait le récit du Banquet. Et voilà Alcibiade transporté, possédé par Socrate, lui qui n'a de cesse de chercher à l'emporter sur la scène politique. Oui, il éprouve de la honte devant Socrate. Le meilleur d'Alcibiade parle grâce à son amour.
Et il est d'autant plus transporté, saisi d'amour, que Socrate ne répond pas à ses avances. Le refus de Socrate contraint Alcibiade à considérer réellement sa beauté morale et non plus à désirer son corps. Et il s'agit bien là d'un processus d'initiation comme celui que décrivait Diotime : Socrate met à l'épreuve Alcibiade. Le douloureux détachement du corps doit l'amener à admirer des beautés bien supérieures. Et c'est ainsi qu'Alcibiade est amené en effet à remarquer l'extraordinaire nature de Socrate : sa tempérance, son courage et son endurance à la guerre, ainsi que la beauté merveilleuse de ses qualités morales.
Cependant Alcibiade ne parviendra pas à s'élever de l'admiration qu'il a pour Socrate, à la considération de la Beauté en soi, celle qui n'est pas dans Socrate en particulier mais dépasse tel être ou telle conduite, cette beauté vers laquelle Socrate invite chacun à s'élever par les chemins de la philosophie. La politique et ses puissances trompeuses l'ont emporté dans l'âme d'Alcibiade. Elles ont aisément raison de la philosophie.
Prendre quand il est encore temps l'amour spontané des adolescents pour le beau, et d'abord pour les beaux corps, afin de l'orienter vers des beautés supérieures avant que les sollicitations de ce monde ne le recouvrent de leurs laideurs et ne l'étouffent, voilà en quoi peut consister la philosophie, selon Socrate et... Platon.
CONCLUSION : LA MODERNITÉ DU BANQUET
La postérité du Banquet fut considérable.
D'abord chez les théologiens du christianisme, comme pour bien d'autres œuvres de Platon : le thème de l'amour conduisant à Dieu, voilà ce que les Pères de l'Église trouvaient chez un auteur profane ; ainsi que cette idée qu'on retrouvera jusque chez saint Thomas d’Aquin : tout amour des beautés et des biens de ce monde est un premier pas sur le chemin qui mène à la beauté divine ; encore faut-il ne pas s'arrêter à des beautés et des biens futiles ; car notre condition pécheresse - en l'absence de la grâce - nous fait interrompre cet élan de l'amour dont la fin et l'origine se trouvent en Dieu.
Est-ce à dire que le Banquet est seulement une œuvre religieuse ou mystique - étant donné par exemple le langage divinatoire de Diotime, prêtresse de son état ? Non. La démarche de Diotime est beaucoup plus rationnelle qu'il n'y parait ; son discours, introduit par une approche dialectique de la question de l'essence de l'amour, est une leçon de rigueur pour les autres orateurs. Et qu'est-ce que le lecteur apprendra de cette œuvre touffue et riche qu'est le Banquet ? D'abord ceci : la différence entre rhétorique ou poésie et philosophie, parler et penser, imaginer et raisonner... Mais il apprendra aussi que cette rigueur sert à exprimer une pensée qui semble la dépasser : le philosophe retiendra justement ceci : que la philosophie, comme l'indique déjà son étymologie, est « amour de la sagesse » « amour » avec tout ce que ce mot évoque de passion, de désir, de manque et de découvertes. Car pourquoi vouloir la vérité ? Pourquoi la passion de la vérité ? En raison d'une soif qui dépasse la raison. Oui, derrière les élans sublimes de la pensée - en mathématique par exemple, comme en philosophie - une secrète passion nous transporte.
D'où la parenté effective de la philosophie avec d'autres passions de l'esprit, soulignée par Diotime : la poésie, les arts, la politique, la science.
Car ce n'est pas nous qui désirons, on ne sait pourquoi, la vérité. C'est la vérité, en raison même de sa beauté, qui nous sollicite, nous interpelle, nous enthousiasme. Et cet enthousiasme exige d'être communiqué ; la vision du beau en effet nous délivre de notre fécondité, nous inspire. C'est pourquoi il n'est pas de science sans enseignement, ni d'enseignement sans amour - ni, pour Platon, de philosophie en dehors de la relation de maître à disciple unis par l'amitié.
On pourra apercevoir également dans le Banquet un intérêt psychologique de premier ordre. Platon suppose sans le nommer à tout moment la notion d'inconscient : c'est inconsciemment que nous désirons dans l'amour l'éternité, par exemple ; sans parler du mythe d'Aristophane qui exprime un désir enraciné au plus profond de nous, celui d'un retour à une unité primitive souligné par Freud dans ses Essais de psychanalyse. Diotime d'autre part donne aux mots « amour » ou « éros » un sens aussi large que celui de « libido » en psychanalyse. De même la notion freudienne de sublimation trouve dans la façon dont Diotime fait de la poésie, la politique, la philosophie... une expression « transposée » à un niveau spirituel de l'amour et de la fécondité qui en résulte, une parfaite illustration.
Mais peut-être, à de jeunes étudiants, novices en philosophie, la meilleure façon de faire comprendre le sens de cette montée vers le Beau à laquelle nous invite Platon, ce n'est pas de remplacer l'expression « beauté en soi » par Dieu, ni de leur parler de la beauté de la morale - notions peu en vogue aujourd'hui ! - mais de leur rappeler que les beautés de l'art permettent déjà de nous élever de la grisaille du monde dont nous sommes prisonniers, vers une beauté supérieure. Certes Platon parle peu ou pas du tout de l'art, quoique dans le Banquet il fasse de la poésie comme de la philosophie une expression de la fécondité spirituelle de l'âme et de son désir d'éternité. Mais beaucoup d'artistes et de théoriciens de l'art se sont inspirés des thèmes du Banquet et du Phèdre, sinon de la philosophie générale de Platon, pour exprimer cette idée que l'art élève et divinise l'homme - que ce soit à la Renaissance, dans les temps modernes, chez les Romantiques allemands et anglais, ou au XXe siècle. Cette conception de l'art inspirée de Platon est parfaitement résumée par André Malraux : l'art a pour fonction de « soustraire au temps quelque chose, de suggérer le monde de vérités au regard duquel toute réalité humaine n'est qu'apparence... d'apporter une réponse à l'interrogation que pose à l'homme sa part d'éternité ». Du moins que la lecture du Banquet fasse taire cette croyance - effroyablement plate - que la beauté est affaire d'opinion.
QUATRIÈME PARTIE : RÉSUMÉ DU BANQUET
PRÉAMBULE
172a-174 : Apolodore est sollicité par ses amis de faire le récit du banquet donné en l'honneur du poète tragique Agathon, auquel participait Socrate et où chacun des convives prononça un discours sur l'amour. Après quelques digressions sur Socrate, Apollodore consent à en faire le récit.
174a-178a : Arrivée (en retard) de Socrate au banquet, en compagnie d'Aristodème.
On décide, sur l'initiative d'Eryximaque, de ne pas s'adonner sans frein à la boisson, et de prononcer chacun à son tour un éloge de l'Amour (d'Eros).
PREMIÈRE PARTIE : DISCOURS PRÉCÉDANT CELUI DE SOCRATE
I - Discours de Phèdre
178a-180b : l'Amour est le plus ancien des dieux - comme le démontre la mythologie - et, partant, le plus vénérable.
Il est à la source des actions les plus nobles (comme en témoignent les exploits d'Alceste pour son mari, et ceux d'Achille pour son ami Patrocle).
II - Discours de Pausanias
180c-182a : l'Amour n'est pas unique, il est double. Il faut distinguer deux déesses de l'Amour : l'Aphrodite céleste, l'Aphrodite vulgaire. La seconde inspire l'amour sensuel et bas ; la première inspire l'amour porté aux jeunes garçons pour leur intelligence et leur vertu.
182b-183d : l'Amour pédérastique est diversement apprécié selon les Cités : soit complètement licite dans les cités relativement incultes de Sparte, de Thèbes, soit formellement condamné dans les pays barbares. A Athènes, il apparaît à la fois prisé et réprouvé.
183d-185c : ce n'est pas l'amour pédérastique en soi qui est condamnable ; c'est la manière dont il est accompli. L'amour accordé à un adolescent en vue de la vertu est le seul admissible, et même louable : c'est celui qui relève vraiment de l'Aphrodite céleste.
Intermède (185c-185e) : c'est le tour d'Aristophane. Pris par le hoquet, il parlera après Eryximaque.
III - Discours D'Eryximaque
L'Amour de nature double - comme l'a expliqué Pausanias - régit non seulement les relations humaines, mais tous les phénomènes biologiques, physiques, cosmologiques... Il régit les phénomènes :
- médicaux de la santé et de la maladie (la santé provient de l'amour pour les éléments sains pour le corps, et la maladie de l'amour pour les éléments malsains) (186b-186e) ;
- musicaux, de l'harmonie et du rythme (l'harmonie suppose consonance et donc amour entre des sons opposés...) (186e-187e)
- astronomiques, des saisons (l'amour entre le sec et l'humide, entre le chaud et le froid... apporte des saisons bonnes, l'amour déréglé entre ces éléments, des saisons mauvaises...) (188a-188b) ;
- religieux (divinatoires), des relations entre les hommes et les dieux (188b-188d).
IV - Discours d'Aristophane
189a : Aristophane explique qu'il a réussi à interrompre son hoquet.
189d : Description d'une humanité primitive (composée de trois genres masculin, féminin, androgyne, aux corps ronds avec huit membres, deux visages...).
190b : Ces hommes primitifs entreprennent de s'attaquer aux dieux. Zeus, pour les punir de leur impiété et pour les affaiblir, les coupe en deux. Chacun recherche alors sa moitié. Désoeuvrés, ils disparaissent sans se reproduire.
191a : Zeus invente le processus de la génération par copulation, et à cet effet déplace leurs organes génitaux sur le devant.
191d : Chaque moitié de chaque genre (masculin, féminin, androgyne) recherche sa moitié originelle : d'où les trois sortes d'amour possible (homme/homme, femme/femme, homme/femme).
192c : conclusion : les amants, dans leurs amours, poussés par la nostalgie d'une unité perdue, désirent, sans être capables de l'exprimer, ne faire plus qu'un et se fondre l'un dans l'autre.
Intermède (193e-194e) : Socrate redoute à présent de parler après de si beaux discours, et surtout après celui qui doit venir : celui d'Agathon.
V - Discours d'Agathon
Il convient de distinguer la nature de l'Amour de ses qualités et de ses bienfaits.
- Éloge du dieu de l'Amour du point de vue de ses qualités :
L'Amour est le plus heureux des dieux parce qu'il est :
- le plus jeune des dieux : 195a,
- le plus délicat : 195d,
- le plus ondoyant (changeant, incertain) : 196a.
- Éloge du point de vue de ses vertus :
L'Amour est :
- le plus juste : 196b,
- le plus tempérant : 196c,
- le plus courageux : 196d
- le plus savant.
- Éloge du point de vue de ses bienfaits :
- L'Amour favorise la création (poétique, musicale, artistique et artisanale, politique...) : 196e-197b.
- Enfin, l'Amour est source de concorde entre les hommes, d'ordre, de paix 197b-197e.
I
ntermède : éloge de Socrate à l'égard des discours précédents, en particulier de celui d'Agathon,... et critiques : on s'efforce de faire l'éloge de l'Amour sans se soucier de savoir qui il est (198a-199b).
DEUXIÈME PARTIE : SOCRATE ET LE DISCOURS DE DIOTIME
- 199b : discussion de Socrate avec Agathon : l'Amour est désir de quelque chose que l'on ne possède pas ; il est donc déficient ; il n'est donc pas un dieu pourvu de toutes les qualités possibles.
- 201d : Socrate fait part du discours que lui a tenu une prêtresse, Diotime, à propos de l'amour :
- 201e-203e : l'Amour est un intermédiaire entre ce qui est divin et humain. Comme tel, n'étant pas un dieu ni un homme, c'est un « démon ».
- 203a : le mythe de sa naissance : ce démon est le fils du dieu « Ressource » et de la mortelle « Pauvreté ».
- 203e : intermédiaire entre le divin et l'humain, la richesse et la pauvreté, il est aussi intermédiaire entre la science et l'ignorance : comme tel il est « philosophe ».
- 204e : l'Amour est donc désir du beau et du bien - désir du bonheur -, et plus précisément désir de posséder pour toujours le bien : l'Amour est désir d'immortalité.
- 206b : l'Amour vise à enfanter dans le beau :la vue d'un beau corps contribue à enfanter un nouvel être (c’est-à-dire à l'union sexuelle et à la procréation), la vue d'une belle âme contribue à enfanter ce dont l'âme est riche (c’est-à-dire à la création).
- 207b : la nature mortelle cherche ainsi à se perpétuer, à être immortelle :
- d'où l'ardeur des animaux dans l'union sexuelle et dans leur souci de protéger leurs progénitures ;
- d'où aussi le renouvellement perpétuel des parties du corps pour lui assurer sa pérennité ;
- d'où la nécessité pour l'âme de renouveler ses connaissances et de remédier à l'oubli ;
- d'où enfin l'ambition et les exploits des hommes en quête d'une gloire immortelle.
- 208e : il y a ceux qui sont féconds de corps : ceux-là se tournent vers les femmes et il y a ceux qui sont féconds d'âme : ceux-là enfantent des œuvres immortelles : tels les poètes, les artistes, et les grands hommes politiques ; et ceux qui, à la vue d'une belle âme, entreprennent de l'éduquer.
- 209e : l'Amour bien conduit peut, en partant de l'amour d'un beau corps pour passer à l'amour des belles âmes et, finalement, à ce qu'il y a de beau dans les œuvres de l'âme (beauté d'une conduite, beauté de la science), élever l'âme jusqu'à la contemplation de la Beauté en soi, à l'Idée du Beau (absolue, éternelle, unique et inreprésentable...)
TROISIÈME PARTIE : ARRIVÉE D'ALCIBIADE ET ÉLOGE DE SOCRATE
- 212c : arrivée fracassante d'Alcibiade. Il va couronner la tête d'Agathon.
- 213b : Alcibiade aperçoit Socrate. Il couronne aussi la tête de Socrate, son ami.
- 214a : Alcibiade veut boire. Eryximaque l'exhorte à prononcer à son tour l'éloge de l'Amour. Alcibiade s'y refuse en présence de Socrate. Eryximaque lui propose alors de faire l'éloge de Socrate.
Éloge de Socrate :
- 215a : Socrate est comparé aux silènes et au satyre Marsyas dont le jeu de flûte envoûtait les auditeurs par son charme. L'éloquence de Socrate a le même effet envoûtant au point qu'il est le seul qui rende Alcibiade honteux de lui-même.
- 216c : son attirance pour les beaux garçons n'est qu'apparente ; sa tempérance est invincible et « je n'ai pu moi-même - dit Alcibiade -, malgré tous mes efforts de séduction, obtenir ses faveurs ». Mais la beauté visible du corps vaut peu de chose - pour Socrate - à côté de la beauté invisible de l'âme.
- 219e : Alcibiade raconte comment, pendant la campagne militaire de Potidée, Socrate surpassait tout le monde par son endurance ; et comment il passa toute une nuit debout plongé dans la méditation ; et enfin, quels furent son courage et sa vaillance au combat.
- 221c : Socrate est un personnage à part, sans pareil, avec son ignorance feinte et ses allures de satyre et ses discours ressemblant aux silènes grossier d'apparence, recelant des trésors.
- 272a : Alcibiade met en garde Agathon contre la séduction de Socrate en feignant de jouer le rôle de l'amant, c'est lui qui se fait aimer.
- 272c : Socrate rétorque que tout ce discours n'avait en réalité d'autre intention que de le brouiller avec Agathon, dont il est jaloux. Du coup Agathon, à la demande de Socrate, prend place à côté de Socrate, et ainsi c'est au tour de Socrate de faire l'éloge de celui qui est à sa droite : Agathon.
ÉPILOGUE : 223b-223d
Une bande de fêtards entre et interrompt la discussion. Au petit matin, tout le monde après avoir beaucoup bu s'est endormi... sauf Socrate, entouré d'Aristophane et d'Agathon fortement enivrés, avec qui il discute encore de tragédie et de comédie. Aristophane, puis Agathon, s'étant endormis, Socrate alors se lève et part.
CINQUIÈME PARTIE : INDEX MYTHOLOGIQUE
ACHILLE
Le principal héros de la guerre de Troie - racontée par Homère dans l'Iliade - fils de la déesse Thétis et du mortel Pélée. A la suite d'une querelle avec Agamemnon, le chef de l'armée achéenne, il se retira sous sa tente et ne participa plus au combat. Tant qu'il se tint écarté du conflit, la guerre tourna en faveur des Troyens ; jusqu'au jour où il apprit la mort de son ami le plus cher, Patrocle. Atteint cruellement par cette nouvelle, il décida de se venger et participa de nouveau au combat. Au siège de Troie, il tua le principal héros troyen Hector ; mais fut atteint mortellement au talon par une flèche empoisonnée que lui lança Pâris le ravisseur d'Hélène). Car depuis que sa mère l'avait plongé dans le Styx, il était invincible - seul son talon était resté vulnérable.
Achille symbolisait aux yeux des Grecs le courage, la vaillance, la force par excellence.
APHRODITE
Elle est la déesse de l'Amour, celle que les Romains ont appelée Vénus ; plus ancienne et bien plus honorée qu'Eros. Homère en fait la fille de Zeus et de Dionè (une titanide, cf.Titans) ; Hésiode, la fille née du sperme d'Ouranos répandu dans la mer, après la mutilation infligée par Cronos à son père. Ses aventures sont nombreuses, et les légendes autour de son nom abondantes. Elle était éprise d'Arès, le dieu de la guerre (Mars chez les Romains), alors qu'elle était l'épouse d'Héphaïstos (celui-ci les ayant surpris enlacés ensemble les enferma dans un filet et appela tous les dieux de l'Olympe…). D'Arès, elle eut des enfants, dont Eros et Ariteros.
Ses pouvoirs étaient considérables : gare à celui ou celle qui devenait sa victime. Sa puissance était universelle, maîtresse et source de toute vie végétale, animale, humaine. Elle symbolisait surtout l'amour entre l'homme et la femme. Très populaire, elle était peut-être délaissée par les artistes et les esprits cultivés au Ve siècle, où la pédérastie fut à son apogée. Au IVe siècle, en revanche, où la femme commence à s'émanciper, les artistes la redécouvrent (Praxitèle).
Platon en fait la déesse de la beauté, alors qu'il fait d'Eros simplement un démon.
APOLLON
Dieu du jour, de la lumière, du soleil, fils de Zeus, frère jumeau d'Artémis (Diane chez les latins), dieu beau par excellence ; entouré des neuf Muses, il est le dieu de l'inspiration artistique et de l'intelligence ; celui de la prophétie aussi : cf.le célèbre temple de Delphes où les oracles interprétaient les paroles incohérentes de la Pythie, prêtresse directement inspirée par Apollon. La Pythie avait ainsi déclaré à un disciple de Socrate venu l'interroger sur son maître, que Socrate était le plus sage des hommes.
CRONOS
Le plus jeune fils d'Ouranos (le Ciel) et de Ghè (la Terre). Il aida sa mère à se débarrasser de son époux (qui privait ses enfants de lumière et les enfermait sous terre) en lui tranchant ses organes sexuels (Cf. Aphrodite) et prit sa place au ciel. Il épousa sa propre sœur Rhéa. Comme on lui avait prédit qu'il serait détrôné par un de ses enfants, il dévorait ceux-ci au fur et à mesure qu'ils naissaient, jusqu'au jour où Rhéa déroba l'un de ses nouveau-nés et lui présenta à la place une pierre entourée de langes. L'enfant sauvé de la voracité de son père n'était autre que Zeus, qui devenait à son tour maître du Ciel.
DIONYSOS
Dieu du vin, de la vigne, de l'ivresse, à l'origine des célèbres cultes et mystères dionysiaques. Fils de Zeus et de Sémélé ; Sémélé mourut alors qu'elle était enceinte de Dionysos. Zeus s'empressa d'arracher l'enfant et l'enferma dans sa cuisse, dont il sortit vivant et parfaitement formé. Ainsi il est le dieu né deux fois. Il symbolise d'ailleurs la résurrection. Dans ses nombreuses pérégrinations en Méditerranée et en Orient, il ressuscite ou sort vivant des nombreuses malédictions dont il est victime, avant de rejoindre le monde des dieux.
Dieu de l'ivresse, il est aussi celui de l'inspiration, à l'origine de nos transports les plus débridés. On représente toujours Dionysos entouré de tout un cortège triomphal ; lui-même trônant sur un char traîné par des panthères, orné de lierre, suivi de bacchantes - danseuses endiablées - , de satyres aux oreilles pointues et aux queues de bouc - jouant flûtes, syrinx ... et dansant, ainsi que de Silène et de silènes (cf. ce mot).
Dionysos était fêté par des célébrations donnant lieu à des processions et des danses tumultueuses - les bacchanales - ; ces célébrations donnèrent naissance aux représentations plus régulières de la tragédie, de la comédie, et du drame satyrique. Enfin les mystères dionysiaques, d'un caractère licencieux et orgiaque, étaient populaires, surtout à Rome, dès le IIe siècle.
EROS
Dieu de l'Amour. C'est ce dieu dont Phèdre suggère au début du Banquet de faire l'éloge.
Très prisé à l'époque hellénistique et romaine, très souvent représenté par les artistes peintres et sculpteurs de cette époque avec les traits d'un enfant ailé (parfois sans ailes). Sa candeur d'enfant cachait de redoutables pouvoirs : il troublait les cœurs en les enflammant de sa torche ou en les blessant de ses flèches. C'est déjà avec la délicatesse et la jeunesse d'un enfant qu'Agathon le décrit.
A vrai dire les traditions sur Eros divergent, divergences dont les orateurs du banquet se font l'écho. Hésiode le présente comme un dieu très ancien, né en même temps que la Terre (Ghè) du chaos primitif, et comme une force fondamentale, et un principe de cohésion du monde. C'est à cette tradition que se conforme Phèdre. Par ailleurs on en fait soit le fils d'Aphrodite Céleste ou Ouranienne et d'Hermès, soit le fils d'Aphrodite la populaire et d'Arès (cf. discours de Pausanias) ; enfin le fils d'Hermès et d'Artémis. Platon quant à lui refuse le statut de divinité à l'amour (l'eros). Eros n'est qu'un démon, l'amour étant désir, et le désir signe de manque et d'imperfection.
GHÉ ou GAIA
La Terre en grec, personnifiée comme une divinité primitive entre toutes, née en même temps qu'Eros, selon Hésiode, de la nuit du chaos originel. Elle engendra Ouranos (le Ciel), qui devint ensuite son époux. De leur union sont nés Titan, Cronos, les Géants (cf.ces mots) ; de Cronos est né Zeus père de tous les dieux.
GÉANTS (les)
Les Géants sont les enfants de la Terre (Ghè) nés du sang de la blessure de son mari - le Ciel (Ouranos) - provenant de la mutilation infligée par Cronos, son fils. La Terre les engendra pour venger les Titans que Zeus avait enfermés dans le Tartare (région des Enfers). Êtres monstrueux (leurs jambes étaient des corps de serpent), ils s'attaquèrent au ciel où trônait Zeus. Zeus, ses frères et enfants (appelés les « Olympiens ») finirent par triompher des Géants.
HERMÈS
Fils de Zeus et de Maïa, frère d'Apollon (à qui il déroba ses troupeaux), Hermès est le messager et l'interprète des dieux, en particulier de Zeus. C'est le dieu protecteur qui veille sur les bergers et leurs troupeaux et guide les voyageurs ; c'est le dieu aussi des commerçants et des voleurs. Aux angles des rues des villes, aux carrefours des routes, des bustes d'Hermès étaient placés sur des stèles. En 416, plusieurs statues d'Hermès, à Athènes, furent trouvées mutilées, peu de temps avant le départ de l'expédition de Sicile lancée par Alcibiade. On accusa Alcibiade (connu pour ses opinions impies) d'être à l'origine de ce sacrilège. Sommé pendant l'expédition de revenir à Athènes pour s'en défendre, il échappa à ses convoyeurs et se réfugia à Sparte, à qui il offrit alors ses services dans sa lutte, aux côtés des Siciliens, contre Athènes.
HÉPHAISTOS
Vulcain chez les Romains, le dieu forgeron. Fils de Zeus et d'Héra, né boiteux, dieu du feu et des arts issus du feu, disposant sur l'Olympe, puis dans des grottes de l'Etna, d'une forge grâce à laquelle il a fabriqué la cuirasse d'Héraclès, le bouclier d'Achille... C'est à Héphaïstos que Prométhée a dérobé le secret du feu pour le livrer aux hommes.
HÉRACLÈS
Hercule, chef les Romains. Très célèbre héros de l'Antiquité, doué d'une force prodigieuse, auquel on attribue l'exploit des « douze travaux » : il eut raison de monstre tels que le lion de Némée (on représente d'ailleurs Héraclès vêtu d'une peau de lion), l'Hydre de Lerne, le Sanglier d'Erymanthe, la Biche de Cérynie ; il nettoya les écuries du roi Augias en détournant les deux fleuves d'Alphée et de Pénée ; captura le taureau crétois de Minos ; enchaîna Cerbère (le chien à trois têtes des enfers)... On lui prêtait d'autres exploits comme d'avoir porté le monde sur ses épaules pour soulager Atlas, d'avoir séparé les montagnes de Calpée et d'Abila (les Colonnes d'Hercule).
MARSYAS
Marsyas est un satyre, merveilleux joueur de flûte, et qui devait ses dons à ce qu'il avait trouvé une flûte à deux tuyaux laissée par Athéna en Phrygie. Il défia Apollon de produire avec sa lyre une musique aussi belle que celle qu'il produisait avec sa flûte. Apollon accepta le défi à condition que le gagnant infligerait le traitement qu'il voulait à l'autre. Apollon eut bien du mal d'abord à prouver la supériorité de son instrument, jusqu'au moment où il demanda à Marsyas de jouer de la flûte à l'envers comme lui pouvait le faire avec sa lyre. Marsyas vaincu, Apollon alors l'écorcha vif. Le supplice de Marsyas est un thème très prisé des peintres et sculpteurs de l'Antiquité.
MUSES
Divinités présidant aux arts, aux sciences, à l'éloquence, à la poésie... Elles étaient sœurs, montrant ainsi la parenté existant entre ces activités de l'esprit. « Musique » viens de « Muses » et désignait d'ailleurs dans l'Antiquité non seulement le chant, la mélodie... mais la poésie en général. Les Muses étaient au nombre de neuf : Clio présidait à l'histoire, Euterpe à la musique, Thalie à la comédie, Melpomène à la tragédie, Terpsichore à la danse, Erato à l'élégie (poème antique formé d'hexamètres (vers de six pieds) et de pentamètres (vers de cinq pieds)), Polymnie à la poésie lyrique, Uranie à l'astronomie, enfin Calliope à l'éloquence et à la poésie épique.
ORPHÉE
Fils d'Œagre, roi de Thrace, et de la Muse Calliope, musicien et poète. Sa musique était si mélodieuse et si enchanteresse que les bêtes féroces venaient se coucher à ses pieds. Il descendit aux enfers, charma les divinités infernales pour tenter de ramener son épouse Eurydice. Il en obtint la permission à condition de ne pas se retourner en remontant de l'Hadès. Il ne put s'empêcher de le faire afin de voir si Eurydice la suivait. Désobéissant, il la perdit. Il mena alors une vie triste et désespérée et mourut déchiré par les bacchantes (cf. Dionysos).
OURANOS
Le Ciel en grec, divinité primitive, fils puis époux de Ghé (la Terre). Cf.Ghè, Cronos, Aphrodite.
SATYRES
Cf. Dionysos.
SILÈNE
Compagnon de Dionysos ; son père nourricier aussi, qu'on représente parfois portant Dionysos enfant. On le présente toujours comme un vieillard replet (qui a trop d'embonpoint), chauve, avec un nez camus (court et plat), une longue barbe, le regard retors et vif, généralement ivre, monté sur un âne, et la coupe à la main... On lui attribuait le don de l'inspiration prophétique et l'invention de la flûte. Il est d'autre part lui-même père de nombreux silènes, auxquels on donnait les traits de leur père, ceux de vieillards lubriques participant avec les satyres à la danse et à la musique effrénées du cortège de Dionysos.
TITAN
Titan(s) est le nom désignant les six enfants mâles d'Ouranos et de Gaïa. Le plus jeune d'entre eux est Cronos. Soutenu par ses frères, il ravit le pouvoir du ciel à son père après l'avoir mutilé. Il dévorait ses fils à la naissance pour que le pouvoir restât toujours à un Titan. Mais Zeus échappa à la voracité de son père (cf. Cronos) et fit ressusciter ses frères, les Olympiens (cf.Zeus). Les Titans, et leurs sœurs les Titanides, devinrent dès lors les ennemis de Zeus. Zeus les écarta en les précipitant dans le Tartare.
ZEUS
C'est le premier des dieux dans la mythologie grecque, au point d'être identifié par les philosophes, déjà par Platon, mais plus encore par la suite, chez les stoïciens et dans la pensée hellénistique, comme la providence et la sagesse divines, le Dieu ordonnateur du monde, et présidant à la destinée des hommes. Déjà dans les récits de la mythologie, il est le dieu qui met fin à la période monstrueuse du règne d'Ouranos et de Cronos, proches descendants du chaos primitif, ainsi qu'aux ambitions des monstrueux Titans et Géants. En un mot il triomphe des forces obscures des premiers temps du monde, et consacre la victoire des dieux réellement divins et beaux que sont les Olympiens (ses frères et sœurs : Athéna, Apollon, Héra, Poséidon, Pluton... qu'il sort du ventre de Cronos une fois celui-ci vaincu). Avec Zeus commence le règne divin de l'ordre et de la justice.
S'il lui arrive de nombreuses aventures - notamment amoureuses qui suscitent la jalousie d'Héra son épouse - il n'en est pas moins le premier des dieux, le seul auquel les autres dieux sont contraints d'obéir. Dieu de la lumière, du ciel, de la foudre, il symbolise la puissance et l'autorité suprêmes.
SIXIÈME PARTIE : GLOSSAIRE
AMOUR = EROS
Le mot grec « éros », évoque sans doute plus que le mot français « amour », la passion, l'enthousiasme, le délire amoureux ; il suggère davantage la notion de désir. Le mot français « amour » a une résonance plus douce, en particulier en raison de l'influence du christianisme avec lequel il devient synonyme de « charité ».
Mots parents d' « éros » : le verbe « éro » = « j'aime », dont dérivent : le participe présent « érôn » = « celui qui aime », traduit généralement dans le texte par « amoureux » ; le participe passé « éromenos » = « celui qui est aimé », traduit par « aimé » ou « bien-aimé », en général opposé non pas tant au participe présent qu'à l'adjectif « érastés » = « l'amant ».
L'adjectif « éroticos », traduit du mieux qu'on a pu selon le contexte par « propre à l'amour », « amoureux », - érotique ayant une acceptation plus précise aujourd'hui que n'a pas « éroticos ».
BEAU = KALOS
L'adjectif « kalos » (au neutre avec l'article : « to kalon » = le Beau, la Beauté) a une connotation morale autant qu'esthétique, comme en français où l'on parle aussi bien de belles choses ou de belles personnes que d'une belle âme ou d'une belle conduite. Mais la beauté est une valeur essentielle chez les Grecs, parce qu'elle est une donnée fondamentale de la vie publique. Les Grecs ont en effet un sens aigu du spectacle : être beau, c'est être digne d'admiration, donner à contempler, faire valoir ses qualités physiques et morales (les qualités morales n'ayant elles-mêmes de sens que dans le cadre de la vie publique, comme le courage, la justice...) ; de même les belles œuvres d'art (plastiques, théâtrales...) s'offrent au regard et au jugement de tous. La Beauté en soi (« te kalon auto ») chez Platon, tout comme les « Idées » ou « Formes », objets suprêmes de la philosophie, sont aussi objets de contemplation, mais d'une contemplation sans aucun recours aux sens.
BON = AGATHOS
L'adjectif « bon » en français a un sens moral étriqué que n'a pas « agathos ». Quand on traduit « agathos » par bon, il faut entendre bon dans le sens d' « utile », « qui a de la valeur », comme lorsqu'on dit d'un cheval qu'il est « bon pour la course » ou de quelqu'un qu'il est bon pour faire ceci ou cela, ou encore comme on parle d'un « bon musicien », d'un « bon médecin », d'un « bon soldat »... Un homme « bon », ce n'est donc pas un être débonnaire et doux, mais un homme « bon pour la Cité », et par là un être de valeur, un être accompli.
De même le bien ( = agathon, neutre de l'adjectif agathos) signifie ce qui est bon pour chacun de nous, soit pour le corps, soit pour l'âme, comme la santé, la richesse, les honneurs, le plaisir, l'intelligence... Quand Diotime dit : « tous désirent le bien », cela ne signifie pas autre chose que « tous désirent le bonheur » (ce qui est bien pour eux). Selon Platon, il existe un bien en soi - au-dessus des biens de ce monde sensible - objet et source suprêmes de la connaissance philosophique, cause et fin suprêmes du monde, et dont la « beauté en soi » est la manifestation la plus évidente.
DÉMON = DAÏMON
Génie, esprit, dans la religion grecque, protecteur ou maléfique. Les démons ne sont pas des dieux ; leurs pouvoirs sont moindres mais aussi plus délimités que ceux des dieux : ainsi il existe des démons hantant tel lieu, telle montagne, telle bourgade, telle maison ; ou bien veillant sur tel individu, telle famille, telle communauté, etc. C'est ainsi que Socrate prétendait être protégé par un démon qui l'avertissait de ce qu'il ne devait pas faire et le retenait de commettre certaines actions. Le démon tient ainsi un peu le rôle que jouent, dans la religion chrétienne, les anges gardiens ou les anges en général qui ont en effet une position intermédiaire entre les hommes et Dieu.
DIALECTIQUE cf. LOGOS
DIEU = THEOS
Dont dérivent en français théologie (science de Dieu), théophanie (révélation du dieu), athée, théisme... et enthousiasme qui désigne le fait d'être possédé, transporté par un dieu (du verbe grec enthousiazô, plusieurs fois employé dans le Banquet).Les dieux grecs ont forme humaine mais possèdent des perfections (comme l'immortalité), des dons, des vertus dont les mortels sont privés. Chaque dieu détient en principe des pouvoirs spécifiques, mais en réalité assez divers selon les régions et les époques. D'une manière générale, ils recèlent une force et une puissance qui les font redouter et respecter des hommes : d'où la nécessité des sacrifices, d'offrandes, de cultes pour ne pas provoquer leur inimitié et disposer de leur soutien. Les Grecs pensaient que les histoires racontées au sujet des dieux, histoires multiples et parfois contradictoires, étaient vraies, du moins pour l'essentiel, et qu'elles s'étaient déroulées dans un temps reculé, à l'aube de leur propre histoire. Platon comme bien d'autres auteurs doutait de la véracité des récits de la mythologie. Mais jamais Platon n'a mis en question l'existence des dieux, pas plus que Socrate accusé de ne pas croire aux dieux de la Cité et assimilé aux sophistes ou à un savant matérialiste. Pour Platon, au contraire, la mythologie peut être riche d'enseignements philosophiques. Bien plus, il réagit contre un courant d'impiété (qui augmente au IVe siècle), et remet en honneur, sous l'influence du pythagorisme, la croyance selon laquelle les astres sont des dieux, et la croyance en l'immortalité de l'âme.
Platon élabore d'ailleurs une idée de Dieu déjà proche de celle du judéo-christianisme, celle d'un être unique essentiellement spirituel, une pure intelligence ordonnatrice du monde qu'il confond avec un principe impersonnel - le Bien en soi, le Beau en soi ; alors qu'avec le christianisme, Dieu, tout en n'ayant aucune forme humaine ni matérielle comme chez Platon, reste une personne, une personne aimante en relation avec les hommes ; le Dieu de Platon n'aime pas, il se laisse aimer (cf. le discours de Diotime)
FAVEUR = CHARIS
« Charis » signifie faveur, plaisir, charme, grâce ; reconnaissance aussi. Le verbe « charizesthaï », très fréquemment employé dans le Banquet, signifie bien : « accorder ses faveurs », « offrir ses charmes »,
« plaire » - et ainsi susciter la reconnaissance d'autrui.
FORME = EIDOS
Eidos vient du verbe voir, et signifie « forme, aspect, apparence ». De là le mot a pris le sens de : caractère propre d'une chose, nature d'une chose, et finalement : caractère propre à un groupe de choses, à une espèce, et espèce en général.
Chez Platon, la « Forme » comme l'« Idée » désignent des réalités génériques (par exemple la Forme ou l'Idée de Beau désigne la Beauté en soi, absolue, universelle). Seulement les Formes ne sont pas des concepts ou des notions abstraites ; ce sont bel et bien des réalités concrètes - mais visibles seulement par l'âme ou l'intelligence. Comme telles ce sont des réalités « intelligibles » par opposition aux réalités de ce monde sensible connues par les sens, moins vraies et moins réelles que ces Formes intelligibles.
IDÉE = IDEA
Idéa est synonyme d' « eidos » et a la même étymologie. Cf. Forme.
LOI = NOMOS
Nomos signifie loi, ou simplement coutume, règle (Cf. discours de Pausanias) ; fondamentalement il a le sens de convention. C'est ainsi que les Grecs, en particulier les sophistes opposaient « Nomos » à « Physis », la Convention » à la « Nature ». Du mot « nomos », vient le verbe « nomizesthaï » = admettre que, estimer, trouver, au sens de s'accorder à penser que...
MYSTÈRE = MYSTERION
On appelait mystères des cultes consacrés à certains dieux comportant des rites d'initiation et la révélation d'une doctrine sacrée. Ces rites étaient justement entourés de mystère et du secret absolu que devait garder à leur sujet tout initié. Les mystères les plus célèbres sont ceux d'Eleusis, liés au culte de Déméter, déesse de la végétation, ceux de Dionysos, de Cybèle en Phrygie. Les mystères comportaient des cérémonies extérieures consistant en chants, danses, processions, sacrifices, et, d'autre part, des cérémonies secrètes se déroulant à l'intérieur du temple, sous la conduite du « mystagogue » (prêtre initiateur), qui, elles, consistaient en une succession par étapes de rites d'initiation et de purification au cours desquels l'initié (le myste) devait sans doute subir des épreuves physiques et morales le mettant dans un état de suggestibilité telle qu'il fût à même de recevoir la révélation de la doctrine secrète. On ne connaît guère par ailleurs ce que pouvait être la teneur de ces doctrines ; sans doute étaient-elles souvent remplies de symbolisme sexuel ; peut-être avaient-elles trait à l'immortalité de l'âme... Certains mystères en tout cas, contre ceux de Dionysos, passèrent à Rome où ils dégénérèrent en véritable débauche et excitation collectives.
OPINION = DOXA
Doxa vient du verbe « dokein » = « paraître, juger bon ». L'opinion publique par exemple, c'est ce qui paraît bon au public, ce qui est apprécié, estimé, admis... ; une opinion privée, c'est ce qui me paraît bon, subjectivement. Mais la « doxa » prise absolument, désigne naturellement la première (l'opinion publique). Pour Platon, d'une manière générale, l'opinion délimite le monde du « paraître », de l' « apparence » - qui s'oppose à celui de la vérité, objet de science. « Opinion droite », cf. science.
LOGOS = parole, discours, raisonnement, raison...
Le plus souvent le mot est employé dans le texte du Banquet dans le sens de discours. L'étude du discours, de l'éloquence, chez les Grecs, est en effet inséparable de l'étude du raisonnement, de la logique, et participe chez eux de ce qu'on a appelé la découverte de la « raison ». Du mot « logos », vient le mot « dialogos » (dialogue) et « dialectikè » (dialectique) - la préposition « dia » signifiant « à travers ». Selon Platon l'usage le plus complet de la raison (logos) s'accomplit dans et par la dialectique : à travers l'échange d'une discussion rigoureuse.
PÉDÉRASTIE = PAIDERASTIA
Vient du mot « pais » qui signifie enfant et d'« erastia », de la famille d'« eros » = amour. La pédérastie signifie donc originairement l'amour des enfants. Elle désigne en fait au Ve siècle une relation amoureuse d'un adulte - d'un homme fait qui peut avoir 20 comme 50 ans - avec un jeune adolescent ; relation très répandue en Grèce et intégrée à l'éducation comme on l'a vu (Cf.introduction). Il ne faut pas confondre pédérastie et homosexualité qui désigne une relation amoureuse entre deux personnes du même sexe et d'un âge à peu près semblable, également répandue en Grèce mais dont il n'est pour ainsi dire pas question dans le Banquet.
Du mot « pais » vient également « paidika », qui revient très souvent dans le Banquet : il s'agit du neutre pluriel de l'adjectif paidikos (= propre ou relatif à un enfant) qui pris comme substantif signifie bien-aimé, objet de son amour, mignon, et que l’on traduit souvent par « amours » pour garder le pluriel de paidika, ou par « bien-aimé ».
C'est du mot « pais », naturellement, que dérive aussi en français « pédagogie ».
PHILOSOPHIE cf. SCIENCE
SAGESSE = PHRONESIS
A ne pas confondre avec Sophia (la science). Phronésis est généralement traduit par sagesse, prudence, voire science. La phronésis se rapproche davantage du sens moderne de sagesse que « sophia ». Elle désigne cette qualité intellectuelle qui distingue un homme d'expérience, de jugement, de mesure. Chez Platon elle est, au même titre que la sophia, une qualité du philosophe (Aristote les distinguera davantage, l'une désignant la qualité de l'intelligence pratique et l'autre la qualité de l'intelligence théorique).
SCIENCE = SOPHIA
Platon oppose la science à l'ignorance de l'opinion (la doxa). Entre l'opinion commune et la science, Platon place, dans le Banquet, l'opinion droite, c'est-à-dire une opinion vraie qui n'est pas capable de rendre raison de sa justesse. Sont dignes d'être appelées sciences, les mathématiques, l'étude mathématique de l'astronomie et de la musique inaugurées par Pythagore ; enfin et surtout la dialectique, méthode propre à une philosophie authentique dont le but est d'atteindre la vision des Essences ou des Formes (ou Idées). La philosophie signifie étymologiquement l'amour de la science, « philo » signifiant « j'aime », mais dans un sens moins fort qu'« erô » (la « philia » désignant l'amitié et non l'amour). La philosophie devient avec Platon la science suprême, à laquelle les mathématiques sont une préparation ; alors qu'elle signifiait dans les esprits de l'époque l'acquisition d'une culture générale et l'art de la discussion sur les sujets les plus divers. Mais la notion de « philo » dans « philosophia » ne doit pas nous faire oublier que cette science n'est jamais parfaitement possédée (les hommes ne sont pas des dieux), et qu'elle doit être sans cesse recherchée, redécouverte, aimée et désirée.
SOPHISTE = SOPHISTES
De la même famille que « sophia », signifie celui qui est habile, talentueux. Par extension désigne ces orateurs publics qui se sont livrés à l'étude de la rhétorique et eurent l'idée de vendre leur compétence et leur talent oratoire auprès de particuliers (Cf. notre introduction).
VERTU = ARÈTÉ
Arèté n'a pas le sens moral qu'évoque vertu aujourd'hui, Comme lorsqu'on parle d'une femme sans vertu ou d'un homme vertueux, mais plutôt le sens dynamique qu'il a par exemple dans les expressions : les vertus d'un médicament, ou les vertus d'un aliment... Il signifie très précisément « l'excellence », la « perfection » d'une chose. La vertu d'un œil, par exemple, est de bien voir, celle d'un guerrier de bien faire la guerre. La vertu d'un homme c'est d'être un homme accompli. En ce sens le courage, la justice, la tempérance... sont des vertus dans la mesure où elles contribuent à l'excellence, à la « vertu » d'un individu. Le but de l'éducation c'est d'acquérir la vertu, c'est-à-dire exceller dans la vie publique, être un homme « beau et bon » (kaloskagathos).
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Sublimation : Selon la psychanalyse, processus par lequel l'énergie d'une pulsion sexuelle ou agressive est déplacée sur des objets non sexuels socialement valorisés.
L'amour intermédiaire entre les dieux et les hommes permet aux hommes de « s'immortaliser », de se rapprocher ainsi du divin.
Syrinx (nf): Du nom d'une nymphe d'Arcadie, qui fut transformée en roseau après s'être jetée dans un fleuve pour échapper à Pan. Celui-ci cueillit alors des roseaux qu'il assembla pour en faire une flûte à laquelle il donna le nom de syrinx). Flûte de Pan, flûte à sept tuyaux.
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