Introduction à la civilisation chinoise :

 

  LES ENJEUX DE LA CHINE AU XXIe SIECLE :

 

ALERTE SUR LES ALIMENTS CHINOIS

 

 

D'après Charles-Emmanuel Haquet et Géraldine Meignan – L'Expansion – 01/09/2007

Viandes, poissons, légumes... L'Europe « mange chinois » souvent sans le savoir. Problème : nombre de ces produits sont impropres à la consommation.

 

Le 1 er août 2007, les autorités sanitaires françaises retirent en urgence des linéaires une marque de dentifrice, le Toothpaste New 4U. Quelques jours plus tôt, la Commission européenne ordonnait le rappel de deux autres marques présentes dans les magasins espagnols, Spearmint et Spearmint Tri Leaf. Point commun entre ces pâtes dentifrices ? Elles étaient fabriquées en Chine et contenaient du diéthylène glycol, un antigel mortel pour les enfants en cas d'absorption. Retrouvé l'an dernier dans du sirop contre la toux, ce poison avait entraîné la mort d'une cinquantaine de personnes au Panama.

 

Rappel de 18 millions de jouets Mattel contenant de la peinture au plomb, de 255 000 pneus dangereux et de pyjamas inflammables : il ne se passe pas un jour sans qu'un produit made in China ne fasse l'objet d'une alerte en Europe ou aux France. Mais il y a plus dangereux que la cafetière qui prend feu ou que l'ours en peluche qui perd ses yeux. De nombreux aliments importés de Chine présentent des risques graves pour la santé. En 2006, ce pays est arrivé en tête de ceux dont des produits alimentaires ont été soit arrêtés aux frontières, soit retirés du marché européen : 263 notifications, selon le réseau d'alerte rapide de la Commission européenne. Au cours des sept premiers mois de l'année 2007, 209 problèmes ont déjà été signalés (voir encadré pages 3 et 4).

 

La liste des ingrédients chimiques récemment retrouvés par les laboratoires donne la nausée : colorants interdits (E102 tartrazine allergisant, rhodamine B) découverts dans des sauces ou dans des gâteaux de riz, traces de mercure dans des anguilles, moisissures cancérigènes sur des fruits secs, résidus d'antibiotiques dans des lots de miel et de poissons d'élevage, stocks de riz et de nouilles génétiquement modifiés... Dans des ustensiles de cuisine (barbecues, Thermos, spatules), on trouve même des traces de nickel, de manganèse ou de chrome susceptibles de contaminer les aliments. La salade au plomb balsamique ou les merguez au cadmium, qui dit mieux ?

 

Déjà usine du monde, la Chine est en train de devenir son garde-manger. Avec la mondialisation des échanges, elle est devenue un exportateur majeur de denrées alimentaires. Près de 13 % de la consommation américaine proviennent de l'Empire du Milieu. En 2006, la France a importé pour plus de 367 millions d'euros d'aliments chinois, un bond de 53 % par rapport à 2004. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la moitié des poissons d'élevage consommés dans le monde vient de Chine. Le pays est également un gros producteur de concentré de pommes et de tomates.

 

Du coup, les industriels chinois sont soumis à une forte pression. Il leur faut fournir à tout prix – et surtout à très bas prix. « Ils sont sursollicités, tout le monde débarque chez eux pour se fournir en matières premières à des prix défiant toute concurrence », raconte un importateur français. Est-il étonnant, vu les volumes brassés, qu'il y ait de tels problèmes de qualité ? « Il y a en Chine un manque incroyable de formation et d'éducation sur les dangers de contamination et sur les bonnes pratiques à adopter pour garantir la sécurité des consommateurs », constate Gilles Martin, patron du laboratoire Eurofins, qui s'est implanté l'an dernier à Suzhou, dans la province du Jiangsu.

 

C'est par ignorance que les agriculteurs chinois vendent des cacahuètes et des amandes qui risquent de provoquer des cancers du foie. Certains lots contiennent des doses trop élevées d'aflatoxine. « La moisissure responsable apparaît dans certaines conditions d'humidité et de température, explique Jean-Marc Frémy, chef de l'unité d'évaluation des risques physico-chimiques à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). De mauvaises conditions de stockage et de transport augmentent les risques de contamination. » Depuis le début de l'année, on a retrouvé cette toxine dans 20 % des alertes sur des produits chinois. Curieusement, les importations d'amandes et de cacahuètes en provenance de Chine ne sont toujours pas interdites.

 

Plus grave : afin de rafler les marchés occidentaux, des producteurs peu scrupuleux n'hésitent pas à remplacer certains additifs autorisés par des ingrédients à bas coûts. Tant pis s'ils sont nocifs. L'antigel retrouvé dans les dentifrices coûte dix fois moins cher que la glycérine utilisée habituellement. C'est aussi pour rogner sur les coûts de production que des fabricants chinois d'aliments pour animaux ajoutent de la mélamine dans leurs produits. Cette substance bon marché, qui sert à fabriquer le Formica, permet de gonfler artificiellement le taux de protéines dans la nourriture et de la vendre plus cher. Sauf qu'elle a entraîné la mort de milliers de chiens et de chats aux France. Une centaine de marques de pâtés pour animaux bourrés de mélamine ont été retirées en urgence du marché américain cette année.

 

La menace n'épargne pas l'Europe. Le 29 juin, au Havre, les douaniers interceptaient trois conteneurs de 48 tonnes de protéines de riz en provenance de Chine : ils contenaient de la mélamine. En France, ce sont 100 autres tonnes qui ont été contrôlées positives. Des traces de cette molécule ont également été trouvées en Grèce, en France et en Pologne.

 

A moins d'un an des jeux Olympiques, le gouvernement de Pékin prend la situation très au sérieux. Après une succession de scandales, l'ancien directeur chinois du contrôle alimentaire, Zheng Xiaoyu, a été exécuté le 10 juillet. Ces derniers mois, 180 usines « douteuses » ont été fermées, et les Chinois viennent d'annoncer leur intention de collaborer avec les Américains pour améliorer la sécurité de leurs aliments. Il était temps. Aux France, la psychose monte. A tel point qu'un groupe agroalimentaire de l'Utah, Food for Health International, appose désormais des autocollants China-free (sans ingrédients chinois) sur tous ses produits... « La mise aux normes occidentales ne se fera toutefois pas du jour au lendemain, commente Katia Lentz, avocate chez Gide et Associés, en poste à Bruxelles. Les difficultés sont nombreuses. Par exemple, l'Etat chinois a peu de prise sur les agriculteurs qui, localement, utilisent des pesticides interdits. »

 

Il doit également lutter contre un autre fléau : la contrefaçon alimentaire. Régulièrement, les douaniers européens interceptent des conteneurs de denrées fabriquées clandestinement et vendues sous le nom de grandes marques. « Le sujet alarme l'industrie agroalimentaire, même si la cote d'alerte n'a pas été atteinte, explique Pierre Delval, ancien conseiller du gouvernement français. Plus préoccupant : la contrefaçon alimentaire finance de plus en plus les réseaux du crime organisé, qui y voient un moyen de blanchiment moins risqué que les filières bancaires ou immobilières. » Son ampleur inquiète tout autant Christophe Zimmerman, de l'Organisation mondiale des douanes : « Sur les 2 millions de produits alimentaires contrefaits recensés dans le monde en 2006, entre 16 et 20 % venaient de Chine. »

 

« L'an dernier, j'ai vu dans le Fujian une conserverie d'asperges installée dans un bâtiment en ruine insalubre », témoigne un importateur. Pour écouler sa marchandise, cette fabrique utilisait frauduleusement les codes de certification d'une usine ultramoderne installée à quelques kilomètres. La pratique peut très bien passer inaperçue. Car la probabilité pour qu'une cargaison illicite soit interceptée aux portes de l'Europe est faible : « Seulement 3 % des produits importés font l'objet de contrôles douaniers », poursuit Christophe Zimmerman. « Les exportateurs chinois ont appris à utiliser les différents points d'entrée de la nouvelle Europe. Il est plus facile de débarquer un chargement douteux sur les bords de la mer Noire qu'à Anvers ou Rotterdam », commente Chris De Buysscher, agent douanier à Anvers. « Pour lutter contre ces importations frauduleuses, il faudrait lever une armée », s'exclame le commandant Planchette, de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique.

 

L'émergence de gigantesques plates-formes portuaires de transit, à l'image de Dubaï ou de Malte, complique singulièrement la tâche des douaniers. Elles permettent en effet à un importateur de décharger sa marchandise et de la recharger sur un autre navire en changeant de conteneurs au passage. « On n'a alors plus aucun moyen de retrouver la provenance », déplore Chris De Buysscher.

 

Difficulté supplémentaire, les contrôles effectués par les autorités sanitaires ne permettent pas de passer au crible tous les dangers potentiels d'un aliment. « On ne trouve que ce que l'on cherche », explique Stéphane Sermadiras, dirigeant du laboratoire Mêtis Biotechnologies. Parfois, des substances disparaissent des listes noires de produits dangereux, par exemple des pesticides ou des additifs alimentaires qui ne sont plus utilisés par les industriels. « Au bout d'un certain temps, ils ne sont plus contrôlés, puisqu'ils sont censés avoir disparu, explique Serge Michels, patron de l'agence-conseil Protéines. Sauf qu'ils continuent de circuler dans quelques pays, dont la Chine. » C'est le cas du Sudan, un colorant alimentaire cancérigène interdit en Europe depuis 1995, mais que l'on a retrouvé en 2003 dans des lots de piments en provenance d'Inde et de Chine. « Vous imaginez la quantité de sauces et de plats cuisinés que l'on peut contaminer avec 1 tonne de piments ? » interroge Serge Michels.

 

Débordées par l'ampleur du problème, les autorités européennes, depuis l'affaire de la « vache folle », ont renvoyé aux importateurs la responsabilité en matière de sécurité alimentaire. Depuis 2002, ces derniers sont tenus d'assurer la traçabilité des produits tout au long de la chaîne alimentaire, d'identifier leurs risques et d'alerter les autorités sanitaires en cas de doute. Est-ce suffisant ? Que fera l'opérateur qui se retrouvera avec dix conteneurs de marchandise suspecte sur les bras ? « Il l'écoulera quoi qu'il arrive, répond un importateur qui tient à rester anonyme. Ça m'est arrivé avec des conserves chinoises avariées. Le fournisseur local, que je connaissais pourtant depuis dix ans, avait falsifié les codes. J'ai réussi à retourner la marchandise, je n'allais pas perdre 60 000 euros. Elle a finalement été refourguée à un Allemand. »

 

Rares sont les opérateurs condamnés pour ce genre de délit. « Lorsqu'ils se plongent dans des rapports vétérinaires, les magistrats décrochent au bout de 10 pages, déplore un officier de gendarmerie. Sauf s'il y a mort d'homme. » Le manque de coordination entre les cinq administrations françaises compétentes en matière de sécurité alimentaire ne facilite pas non plus les choses (lire ci-dessous). Quelques affaires arrivent tout de même entre les mains des juges d'instruction. Au début de 2002, un importateur français reçoit de Chine 17 conteneurs de viande de lapin, soit 409 tonnes. Problème : les instances européennes interdisent au même moment l'importation de viande traitée au chloramphénicol, un antibiotique dangereux. Un test effectué par l'un de ses clients montre la présence de ce médicament dans un lot. Il en faut plus pour inquiéter notre homme. Un intermédiaire se charge d'écouler la marchandise auprès d'industriels. Les lapins finissent en pâtés, commercialisés par de grands fabricants de conserves. « D'autres lapins, écoulés par un groupe de restauration collective, ont été consommés dans des cantines scolaires et des maisons de retraite », selon un magistrat parisien. En prime, des germes de salmonelle et de staphylocoques dorés avaient été détectés dans plusieurs lots...

 

 

Cacahuètes
Contiennent des aflatoxines (dérivés de moisissures)

Risque : cancérigène* (atteinte du foie)

 

Espadon
Contient du mercure

Risque : cancérigène* (s'accumule dans l'organisme)

 

Lapin
Contient du chloramphénicol

Risque : s'attaque aux globules rouges

 

 

Dentifrice
Contient du diéthylène glycol (antigel)

Risque : mortel en cas d'ingestion*

 

Et aussi :

 

Concentré de protéines de riz à la mélamine, ustensiles de cuisine laissant des traces de métaux lourds dans les aliments, riz génétiquement modifié, anguille à la malachite, crevettes élevées au nitrofuran (antibiotique), huile de sésame parfumée au benzopyrène, miel enrichi au trimethoprim (antibiotique), fraises colorées au rouge allura (E129), etc.

 

* Sur le long terme, en cas de consommation régulière.

 

 

Des importations suspectes découvertes partout en Europe ces derniers mois

 

C'est un record dont les Chinois se passeraient bien. En 2006, ils sont arrivés en tête pour le nombre de produits alimentaires rejetés aux frontières ou retirés des marchés européens : 263. Ce chiffre devrait être dépassé en 2007, comme le montre notre carte réalisée avec le réseau d'alerte rapide européen, qui couvre 28 pays.

 

Résidus d'antibiotiques, colorants interdits, riz transgénique, ingrédients cancérigènes : on trouve de tout au grand bazar chinois ! Mais le nom de certaines substances revient de façon inquiétante, telle l'aflatoxine, un cancérigène trouvé fréquemment dans des lots d'amandes et de cacahuètes. De nombreuses productions (bovins, porcins, gibier d'élevage, lait, œufs) font déjà l'objet d'embargos stricts, alors que d'autres produits, comme la viande de lapin, les volailles ou le miel, sont soumis à des contrôles renforcés.


Depuis le mois de mai, ce sont les importations de protéines de riz qui sont passées au crible par les services vétérinaires des postes frontaliers. En France, trois conteneurs de 48 tonnes viennent d'être interceptés. Ils contenaient de la mélamine, une substance qui a entraîné la mort de milliers de chiens et de chats aux France. Les importations de poissons d'élevage sont également placées sous haute surveillance. Une dizaine de lots ont été rejetés depuis le début de l'année. Certains contenaient des résidus d'antibiotiques, d'autres, des traces de métaux lourds, tel le mercure. Cette tendance inquiète les autorités sanitaires européennes, car les métaux lourds qui sont absorbés dans l'organisme ne s'éliminent pas. Ils s'accumulent dans les tissus. A vie.

 

 

Une inutile dispersion de moyens

 

Ils les aimaient bien, les bovins vendéens, ces blocs de sel chinois. Seul problème : ces compléments alimentaires étaient bourrés de cadmium. Au bout de la chaîne alimentaire, ce métal cancérigène se retrouvait dans les boîtes de pâté. C'est la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui a donné l'alerte, en 2005. « Les services vétérinaires ont mis plus d'un an pour avertir les éleveurs », déplore un proche du dossier.


Ce cafouillage est symptomatique : en France, les administrations compétentes en matière de sécurité alimentaire dépendent de cinq ministères différents, souvent jaloux de leurs prérogatives. Une « dispersion de moyens et de compétences » que la sénatrice Nicole Bricq (PS) dénonce dans un récent rapport commandé par la commission des Finances de la Haute Assemblée. Les agences créées au fil des crises (Afssa, Institut de veille sanitaire, etc.) pâtissent d'un manque de pilotage et de l'absence d'une définition claire de leur rôle par l'Etat, assène-t-elle.

 

 

 

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