APRÈS LA DÉFAITE D’HANNIBAL

Finalement, à Zama[1], en Numidie[2], Scipion l’Africain[3], allié aux Numides[4], contraint Carthage à la paix en 202, après avoir vaincu Hannibal.

Les Romains étendent leur Empire sur un bon tiers de la péninsule Ibérique, du Perthus[5] au cap Sagres[6], mais il leur faudra deux générations pour venir à bout de la résistance des peuples de l'intérieur et porter leur frontière jusqu'au Tage[7].

Conscients peut-être de la supériorité de la civilisation hellénistique, les Romains veulent éviter une occupation permanente en Méditerranée orientale. Le contrôle de la plaine du [8] leur paraît essentiel (fondation d'Aquilée[9] en 181), et si les légions romaines brisent la puissance des rois grecs, c'est pour maintenir un équilibre où leurs alliés (notamment les rois de Pergame[10], d'Égypte et de la République rhodienne[11]) tiennent leur place. Cette politique ne dure qu'un demi-siècle : il faut organiser la Macédoine[12] en provinces pour la défendre contre les Barbares[13] (148) et terroriser les Grecs par la destruction de Corinthe[14], l'année même où Carthage est anéantie à l'issue de la troisième guerre punique (146).

LA DOMINATION ROMAINE

Toutefois, le legs fait à Rome de ses possessions par le roi de Pergame installe définitivement les Romains dans le monde égéen[15] (133) : le triomphe sur la Macédoine (167) avait permis de supprimer l'impôt direct sur les citoyens (tributum[16]), mais la nouvelle province d'Asie fournissait près de la moitié des ressources du Trésor romain.

Rome se met à vivre de son Empire mais doit faire face aux troubles qui en résultent : révoltes serviles[17] en Sicile, révoltes en Macédoine, en Asie et, à la fin du siècle, guerre contre le roi des Numides, Jugurtha[18], qui refuse le démembrement de son royaume.

LA CRISE POLITIQUE

Dans la cité même naît une crise sociopolitique : dans une société de plus en plus puissante, les élites doivent devenir de plus en plus riches pour garder leur rang, tandis que les classes moyennes, déjà épuisées par l'effort de guerre, connaissent une paupérisation.

Le rassemblement des terres en un petit nombre de mains profite à quelques citoyens au moment où l'essor du grand commerce permet l'accroissement des fortunes mobilières, tandis que les classes moyennes perdent, par l'émigration, une partie de leurs éléments.
Par ailleurs, les artisans et les petits propriétaires terriens éprouvent la concurrence des produits importés.

Des revendications voient le jour, notamment la demande de terres. C'est alors qu'un grand noble, Tiberius Gracchus[19], tribun de la plèbe, propose une redistribution des terres de l'État en faveur des citoyens les plus démunis, les prolétaires. Mais il paie de sa vie cette initiative (133). Son frère, Caius Gracchus[20], reprend ce projet, confie les tribunaux aux chevaliers, lesquels ne participaient pas jusqu'alors à la vie politique.

De nouvelles mesures sont prises : fondation de colonies, grands travaux (routes), imposition d'un prix maximal des céréales en faveur des plus démunis. Mais l'oligarchie sénatoriale, effrayée par la volonté de Gracchus de fonder un principe politique nouveau (repris de Tiberius), celui de la souveraineté populaire, décide d'utiliser l'état de siège, qui suspend les garanties de la loi, pour se débarrasser de trublions tels que lui (121).

LES LÉGIONS ROMAINES

Avant la fin de la guerre en Afrique, l'Empire est menacé par l'invasion des Cimbres[21] et des Teutons[22] ; Marius[23], riche chevalier, qui réussit à écarter ce danger, est élu consul plusieurs années de suite, contrairement à la coutume. On lui doit avant tout la réforme de l'armée suivant des modalités précises : recrutement étendu aux prolétaires volontaires, à qui est promise la reprise des distributions agraires, et aux citoyens non fortunés (abaissement régulier du cens), uniformisation.

Le recrutement de citoyens pauvres va entraîner un changement capital : ces nouveaux soldats trouvent là un moyen de promotion sociale (par le centurionat[24]), mais aussi d'enrichissement en participant aux profits de la guerre. Ainsi, les légions romaines[25], à la merci des chefs les plus offrants, deviennent la proie des factions politiques. 

LES RÉVOLTES INTÉRIEURES
 
Ce danger apparaît quand Marius et le consul Sulla[26] se disputent le commandement de la guerre contre Mithridate[27], roi du Pont[28], qui venait de s'emparer de la province d'Asie. Sulla, dépossédé par un plébiscite, marche sur Rome à la tête de ses légions, massacre ses ennemis et part mener les opérations dans le monde égéen.

Les marianistes[29], revenus au pouvoir, procèdent à des épurations sanglantes. La guerre civile reprend au retour de Sulla, qui s'empare de Rome, massacre les marianistes et confisque leurs biens, favorisant ainsi l'enrichissement colossal de ses lieutenants, notamment Lucullus[30], Pompée[31] et Crassus[32]. La péninsule Ibérique fait alors sécession sous la direction de Sertorius[33], qui est vaincu par Pompée.

Sulla augmente le nombre de magistrats, restaure les pouvoirs du sénat (porté à 600 membres) et affaiblit ceux des tribuns de la plèbe. La République connaît plusieurs crises : révolte de Spartacus[34] (73-71) en Italie, agitation pour la restauration des pouvoirs des tribuns de la plèbe, distribution gratuite du blé aux citoyens, conjuration de Catilina[35] déjouée par Cicéron[36].

 

POMPÉE

Dans l'Empire, Pompée ne peut achever qu'en 73 sa réorganisation de l'Occident (Gaule Narbonnaise[37] et péninsule Ibérique), avant de mettre fin à la piraterie en Méditerranée et de mener à son terme la guerre contre Mithridate, ce qui a pour conséquences la conquête de la Syrie et l'établissement d'une ceinture d'États clients, de la mer Noire au golfe d'Aqaba[38]. En Sicile, un procès contre le gouverneur concussionnaire[39] Verres[40] révèle les abus de l'administration provinciale, principale voie d'enrichissement des élites politiques, assurées le plus souvent de l'impunité.

En 61 av. J.-C., le fastueux triomphe de Pompée marque approximativement le terme d'une vie politique assez libre dans une République où le pouvoir est disputé parfois avec violence, mais encore publiquement et sans recours à l'armée.

Rome, dont le principal atout est la puissance démographique, contrôle directement ou indirectement les nations méditerranéennes. La population de l'Italie, unifiée politiquement, s'élève à près de 7,5 millions d'habitants ; dans l'ensemble, la péninsule apparaît d'une grande vitalité et constitue peu à peu le pays le plus actif du Bassin méditerranéen. Son agriculture, prospère, constitue une exceptionnelle source de réserves pour l'armée civique, d'autant plus que la population comprend un tiers d'esclaves, dont les plus capables peuvent accéder, par affranchissement, à la citoyenneté.

Cette situation dynamique, qui va durer plus d'un siècle, permet d'expliquer le passage de la république oligarchique[41] à une monarchie potentiellement tyrannique, au prix d'une vingtaine d'années de guerres civiles sanglantes.

LES GUERRES CIVILES
Tout commence par un accord secret entre Pompée, déçu par les hésitations du sénat à le récompenser, et Crassus, le plus riche des Romains. Cet accord est négocié par un patricien, Jules César.

LE PREMIER TRIUMVIRAT[42]

Il va durer une dizaine d'années, confirmant la prééminence de Pompée, et assurer, en outre, de grands commandements provinciaux, d’abord à Jules César[43], ensuite à Crassus.
L'agitation est créée par l'action du tribun Clodius[44], qui devient très populaire en créant l'annone (service veillant à l'approvisionnement de Rome en blé et à sa distribution gratuite à certaines catégories de citoyens).

En une dizaine d'années, Jules César conquiert la Gaule, des Cévennes au Rhin. Cependant, le triumvirat cesse d'exister dans les faits (53) après la défaite et la mort de Crassus sur le front d'Orient (53).

Le tête-à-tête César-Pompée s'oriente vers un affrontement, mais les événements favorisent le second, qui est alors nommé consul unique par le sénat.

JULES CÉSAR

Les républicains pensent utiliser Pompée pour abattre Jules César, à la fin de son commandement gaulois, mais ce dernier marche sur Rome avec son armée (passage du Rubicon[45], janvier 49).

Le but de César est de prendre la direction de l'État, mais son initiative oblige le sénat à reconnaître la même mission à Pompée. La nécessité d'un responsable unique s'impose de nouveau. L'incapacité du sénat est devenue manifeste, la solution monarchique apparaît évidente pour de nombreux esprits.

Cependant, la conquête du pouvoir donne au conflit une dimension méditerranéenne, la guerre civile ravageant l'Italie et les provinces. César finit par venir à bout de la résistance de Pompée.

César devient dictateur, préside les comices, se fait élire consul (48), abdiquant alors la dictature. Il reçoit plus tard une seconde dictature : le droit de présider à l'attribution des magistratures, de nommer les gouverneurs des provinces prétoriennes et à nouveau le consulat (pour cinq ans). Son appui principal est la plèbe de Rome, d'où la nécessité pour lui de s'unir à ses tribuns et de faire voter de nombreux plébiscites.

L’ASSASSINAT DE CÉSAR

Pour disposer d'un sénat à sa dévotion, César nomme de nombreux partisans, en particulier des Gaulois de la plaine du Pô (ses clients), et y réintègre certains de ses adversaires ou leurs fils.

Un complot, réunissant autour de Brutus[46] et de Cassius[47] quelques-uns de ses partisans déçus et des pompéiens, est organisé pour supprimer César, qui est assassiné le 15 mars 44 en pleine séance du sénat.

Ses héritiers, Marc Antoine, César Octavien et Lepidus, après avoir éliminé les meurtriers, s'allient pour instituer une magistrature collégiale, le « triumvirat constituant », supérieur au consulat, et d'une durée de cinq ans renouvelable.

LE PARTAGE DU POUVOIR

À Marc Antoine[48] est dévolu l'Orient, où il va mener de grandes opérations jusqu'en Arménie, tandis que César Octavien[49] prend le contrôle des provinces occidentales, où il doit mettre fin à une guerre difficile en Illyrie[50]. La rupture survient en 32, lorsque Marc Antoine, que ses adversaires disent ensorcelé par la reine d'Égypte, Cléopâtre[51], reprend le contrôle de l'Italie à César Octavien, qui par un coup d'État chasse de Rome les partisans de son rival. Mais ce dernier, dont les forces sont équivalentes, sinon supérieures, sur terre comme sur mer, à celles d'Octavien, se révèle un général hésitant et un politique maladroit en refusant de se séparer de Cléopâtre. En plein engagement naval, à Actium[52], sur les côtes d'Épire, tous les deux prennent la fuite. Les légions d'Antoine, abandonnées, se soumettent à Octavien (septembre 31), qui, un an plus tard, annexe l'Égypte après le suicide de son compétiteur et de Cléopâtre.

LA MONARCHIE AUGUSTÉENNE ET LE HAUT-EMPIRE

Commence alors la monarchie augustéenne, ainsi appelée parce que César Octavien, après son triomphe de 28, reçoit du sénat le titre nouveau d'auguste[53], en janvier 27 av. J.-C.

L'organisation augustéenne de la cité et de l'Empire va durer, pour l'essentiel, jusqu'à Gallien[54], c’est-à-dire deux siècles et demi.

La solidité de son œuvre s'explique d’abord par la durée de son pouvoir sans rival, soit quarante-cinq ans.

Ses réformes, progressives, répondent à des problèmes précis. Il bénéficie de l'effroi suscité par les guerres civiles et leurs spoliations, d'où le ralliement des possédants, romains et provinciaux, qui désirent un retour à la paix civile et à l'ordre. Cependant, le peuple ne trouve que peu d'attraits au rétablissement des pouvoirs d'une oligarchie sénatoriale, bien qu'Auguste assure la sécurité et l'approvisionnement régulier de la ville, et autorise la célébration des fêtes anciennes tout en en créant de nouvelles.
 
AUGUSTE : UNE NOUVELLE FORME D’EXERCICE DU POUVOIR

Auguste restaure la religion civique et lance une politique de grands travaux à Rome et de conquêtes pour ses armées.

En fait, la nouveauté constitutionnelle est dans l'accumulation des pouvoirs mais aussi dans leur caractère viager. En effet, Auguste, chef supérieur des armées, possède les sacerdoces les plus importants et dialogue directement avec le peuple ; il détient la puissance tribunicienne tout en étant le premier des sénateurs.

LES INSTITUTIONS

Les rouages institutionnels du pouvoir – sénat, magistratures traditionnelles et assemblées du peuple – fonctionnent parfaitement.

Le nombre des sénateurs, gonflé jusqu'à 1 000 sous le triumvirat constituant, est ramené à 600 par des épurations apparemment justifiées ; un ordre sénatorial, avec des privilèges, est créé.

Aux sénateurs sont réservés le commandement de la majorité des légions et des provinces, ainsi que des tâches administratives et judiciaires en Italie. À Rome même, toujours administrée par les magistrats habituels, le chef de la police et de la justice – préfet de la ville –, est un sénateur.

Cependant, les chevaliers qui désirent entrer au service de l'État ne sont pas oubliés : officiers dans l'armée civique, ils peuvent commander en chef les unités auxiliaires (le gouvernement de l'Égypte est dévolu à l'un d'entre eux), administrer les biens, immenses, du prince ou assurer l'intendance des armées.

Des centaines d'entre eux sont appelés à siéger, comme jurés, dans les tribunaux publics de Rome et exercent certaines charges administratives dans la capitale : les préfectures des vigiles (police nocturne, chargée également de la lutte contre les incendies), de l'annone[55] et, surtout, du prétoire, c’est-à-dire de la garde personnelle d'Auguste.

Page Précédente - Page Suivante

Retour Civilisation Romaine


[1] Bataille de Zama (202 av. J.-C.) : bataille, en Numidie, au cours de laquelle Scipion l'Africain vainquit Hannibal ; cette victoire mit fin à la deuxième guerre punique.

[2] Numidie : contrée de l'ancienne Afrique du Nord qui allait du territoire de Carthage jusqu'à la Moulouya (est du Maroc). Devenue une province romaine (1er s. av. J.-C.), la région fut ruinée par l'invasion vandale (429) et par la conquête arabe (VIIe-VIIIe s.).

[3] SCIPION l’Africain : général romain (235 - Liternum 183 av. J.-C.). Proconsul en 211, il mit un terme à la domination de Carthage en Espagne (prise de Carthagène, 209). Consul en 205, il débarqua en Afrique et, par sa victoire de Zama (202) sur Hannibal, mit fin à la deuxième guerre punique.

[4] Numides : peuple berbère nomade qui a donné son nom à la Numidie, entre la Mauritanie et le pays de Carthage. Ils constituèrent au IIIe s. av. J.-C. deux royaumes qui furent réunis en 203 av. J.-C. sous l'autorité de Masinissa, allié des Romains. Affaiblis par des querelles dynastiques, ils furent progressivement soumis par Rome (victoires de Marius en 105, de César en 46), et leur royaume devint une province romaine.

[5] Col du Perthus : passage des Pyrénées-Orientales, à 290 m d'alt., à la frontière franco-espagnole. Il est dominé par la forteresse de Bellegarde.

[6] Cap Sagres : près du cap Saint-Vincent, la pointe la plus méridionale (c’est-à-dire la plus au sud) du Portugal.

[7] Tage (en espagnol, Tajo, en portugais, Tejo) : le plus long fleuve de la péninsule Ibérique qu'il traverse d'est  en ouest ; 1 120 km, dont 275 au Portugal (bassin de 80 947 km2 ). Il passe à Tolède et à Lisbonne avant de se jeter dans l'Atlantique. Son principal affluent est le Zêzere et ses hautes eaux se situent en hiver. Importants aménagements hydrauliques (électricité et irrigation).

[8] Le Pô (en italien, Po) : principal fleuve d'Italie, tributaire de l'Adriatique ; 652 km (bassin de 70 472 km2). Issu du mont Viso, dans les Alpes, le Pô traverse Turin et s'oriente vers l'est.  Son cours, sinueux, a une faible pente. Il reçoit des affluents alpins et des rivières descendues de l'Apennin. D'énormes quantités d'alluvions, surélevant son lit, ont nécessité l'édification de digues de protection. Son delta, très vaste, a cinq embouchures principales. Le régime est généralement régulier, en dépit de rares crues catastrophiques. L'irrigation demeure l'utilisation la plus importante du fleuve.

[9] Aquilée (en italien, Aquileia) : ville d'Italie, sur la mer Adriatique (province d'Udine) ; 3 359 hab. Fondée en 181 av. J.-C., elle fut détruite par Attila (452). Elle fut le siège d'un patriarcat ecclésiastique dont dépendait la Vénétie (554-1751). Imposant forum d'époque impériale, mausolées et basilique d'époque constantinienne (IVe s.; reconstruite à partir du XIe s.), pavée de mosaïques. Musées.

[10] Pergame (en grec, Pergamon) : ancienne ville de Mysie (Asie Mineure), l'actuelle Bergama (province d'Izmir, Turquie). Ce fut la capitale du royaume des Attalides, dit aussi «  royaume de Pergame  » (v.  282-133 av. J.-C.). Attalos III légua le royaume à la République romaine. Arts : La ville était célèbre pour sa bibliothèque de 400 000 volumes ; ses monuments, dont le grand autel de Zeus et sa frise sculptée (Pergamonmuseum, Berlin), comptent parmi les grandes réalisations de l'urbanisme et de la sculpture hellénistiques.

[11] Rhodes (république rhodienne) : île grecque de la mer Égée (Dodécanèse), près de la Turquie ; 1 400 km2   ; 67 000 hab. Histoire : Escale commerciale importante entre l'Égypte, la Phénicie et la Grèce, Rhodes connut dans l'Antiquité une grande prospérité, à partir du IVe s. av. J.-C., et devint province romaine sous Vespasien. En 1309, les hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, chassés de Chypre, s'y installèrent. Devenue turque après le long siège de 1522, l'île passa à l'Italie en 1912 et à la Grèce en 1947. Arts : La ville de Rhodes conserve une enceinte des XIVe-XVIe siècles, l'ancien hôpital des Chevaliers (XVe s. ; musée archéologique) ainsi que les «  auberges  » des différentes provinces de l'ordre de Saint-Jean. Colosse de Rhodes : une des Sept Merveilles du monde antique. Cette statue d'Hélios, en bronze, haute de 32 m, à l'entrée du golfe de Rhodes, commémorait la victoire des Rhodiens sur Démétrios Poliorcète (304 av. J.-C.). Elle fut renversée par un séisme en 227 av. J.C.

[12] Macédoine : région des Balkans, partagée entre la Grèce et la République de Macédoine principalement, débordant en Bulgarie. Histoire : Les tribus de Macédoine sont unifiées au sein d'un royaume qui atteint son apogée sous les règnes de Philippe II (356-336 av. J.-C.) et d'Alexandre le Grand (336-323). À la mort de ce dernier, ses lieutenants et successeurs se disputent la Macédoine. Antigonos Gonatas (v. 320-240/239 av. J.-C.) s'empare en 276 du pays, qui est désormais gouverné par les Antigonides (276-168 av. J.-C.). Puis la victoire romaine de Pydna (168 av. J.-C.) met un terme à l'indépendance macédonienne. En 148 av. J.-C., la Macédoine devient romaine ; elle est rattachée au IVe s. apr. J.-C. à l'Empire romain d'Orient. Les Slaves s'y établissent au VIIe siècle. La Macédoine est conquise par les Ottomans en 1371 et n'est libérée de la domination turque qu'à l'issue de la première guerre balkanique (1912-13). La question du partage de la Macédoine oppose la Serbie, la Grèce et la Bulgarie au cours de la seconde guerre balkanique (1913). À son issue, les côtes reviennent à la Grèce, l'intérieur à la Serbie, la Bulgarie vaincue n'obtenant que la vallée de la Strumica. De 1915 à 1918, la région est le théâtre d'une opération menée par les Alliés contre les forces austro-germano-bulgares. En 1945 est créée la République fédérée de Macédoine au sein de la Yougoslavie. Celle-ci déclare son indépendance en 1991.

[13] Les Barbares : nom donné par les Grecs à tous les peuples, y compris les Romains, restés en dehors de leur civilisation, puis par les Romains à tous ceux qui ne participaient pas à la civilisation gréco-romaine. Les peuples barbares : Ce sont essentiellement des Germains : sur les rives de la mer du Nord vivent les Jutes, les Angles, les Saxons, les Frisons ; plus au sud, les Francs et les Alamans ; plus à l'est, les Burgondes et les Vandales (sur le Danube moyen), voisins des Suèves, localisés sur l'Oder, où ils jouxtent les Lombards ; au nord-ouest de la mer Noire, les Goths sont divisés en deux groupes politico-militaires, les Wisigoths et les Ostrogoths.  
Rome face aux Barbares : Prenant conscience du danger germain, Rome organise solidement ses frontières naturelles (Rhin-Danube), qu'elle couvre d'une ligne fortifiée, le limes. La lutte fait apparaître l'insuffisance de l'armée romaine, qui réussit difficilement à refouler la série d'invasions du IIIe siècle.  
Les royaumes barbares : Au début du Ve siècle, l'Empire romain est envahi. Chassés par les Huns, les Wisigoths s'installent en Aquitaine (412) puis en Espagne. Dans une deuxième étape, les Vandales, les Suèves et les Burgondes traversent le Rhin et, en 439, les Vandales s'installent en Afrique. À la fin du Ve siècle, Clovis entreprend d'étendre son autorité sur l'ensemble de la Gaule, tandis qu'une troisième vague voit les Ostrogoths s'implanter en Italie, les Anglo-Saxons, en Grande-Bretagne. Tous ces royaumes se stabilisent au VIe et au VIIe siècle, s'appuyant sur l'héritage administratif romain et sur les structures de l'Église catholique.

[14] Corinthe (en grec, Korinthos) : cité grecque qui fut, grâce à sa position sur l'isthme, la métropole marchande et industrielle la plus riche de la Grèce archaïque (VIIe-VIe s.), et qui fonda de nombreuses colonies en Grèce d'Occident. Affaiblie par la guerre du Péloponnèse contre Athènes (431-404 av. J.-C.) et par sa lutte contre Sparte (395-391), elle retrouva un peu de son importance à l'époque hellénistique. Elle fut détruite en 146 av. J.-C. par les Romains puis devint la capitale de la province d'Achaïe.

[15] Égéen : relatif à la mer Égée, partie de la Méditerranée entre la Grèce et la Turquie.

[16] Tributum (en français, tribut) (latin tributum « impôt perçu par tribu ») : Impôt direct sous la Rome républicaine puis impériale.

[17] Servile : Relatif à l'état de serf, au servage ; donc ici révolte d’esclaves (du latin servus : esclave).

[18] JUGURTHA (160-104) : roi de Numidie (118-105 av. J.-C.). Petit-fils de Masinissa, il lutta contre Rome, fut vaincu par Marius (107 av. J.-C.) et livré à Sulla (105), alors questeur de Marius. Il mourut en prison.

[19] Tiberius Sempronius GRACCHUS (Rome, 162 — id., 133 av. J.-C.) : Élu tribun pour l'année 134, il proposa une loi agraire partageant l'ager publicus (domaine public) en petits lots. Cette réforme lui valut l'hostilité de la noblesse, dont elle lésait les intérêts. Tiberius ne put obtenir le renouvellement de son mandat et fut assassiné au cours d'une émeute.

[20] Caius Sempronius GRACCHUS (Rome, 154 — id., 121 av. J.-C.). Frère du précédent (en français, on les désigne sous le nom de GRACQUES), il tenta de continuer son œuvre. Il fit décider la création de colonies à Tarente, Carthage et Corinthe. Tribun en 123, réélu en 122, il ajouta à la loi de Tiberius une loi frumentaire (qui a rapport au blé, et par extension aux problèmes de subsistance ; lois frumentaires, lois qui, à Rome, réglaient la distribution du blé aux citoyens) permettant aux plébéiens d'acheter à bas prix du blé fourni par l'État. Pour se gagner les Latins, il proposa de leur donner le droit de cité, tandis que tous les alliés socii se verraient accorder le statut des Latins. Caius, victime d'une campagne de calomnies fondée sur les superstitions de la plèbe, compromis dans une provocation montée par le Sénat, fut mis en accusation et dut se réfugier sur l'Aventin, où il fut tué, ainsi que trois mille de ses partisans, au cours d'une bataille rangée contre les troupes du consul Opimius. L'œuvre des Gracques ne leur survécut pas ; leurs lois furent progressivement abolies.

[21] Cimbres : peuple germanique qui, avec les Teutons, participa à une vaste migration vers le sud, à partir de 115 av. J.-C., et ravagea la Gaule. Les Cimbres furent vaincus par Marius à Verceil (Piémont), en 101 av. J.-C.

[22] Teutons : peuple de Germanie, qui envahit la Gaule avec les Cimbres et fut vaincu par Marius près d'Aix-en-Provence (102 av. J.-C.).

[23] Caius MARIUS : général et homme politique romain (Cereatae, près d'Arpinum, 157 - Rome 86 av. J.-C.). Plébéien, il rompt avec Metellus, l'un des chefs aristocrates, et se pose en champion du peuple. Il obtient, en 107, le consulat et le commandement de l'armée d'Afrique ; il constitue une véritable armée de métier, grâce à laquelle il vient à bout de Jugurtha (105), des Teutons à Aix (102) et des Cimbres à Verceil (101). Mais le parti aristocratique reprend l'avantage avec Sulla, qui, vainqueur en Orient, marche sur Rome (88). Marius doit s'exiler en Afrique. Sulla étant reparti pour l'Orient, Marius rentre à Rome (86) avec l'aide de Cinna. Consul pour la septième fois, il meurt peu après.

[24] Les Centurions : Officiers subalternes, nommés par les tribuns militaires à la tête d'une centurie (à Rome, unité politique, administrative et militaire formée de cent citoyens). Ils forment l'ossature d'une légion. Il y en a 59 par légion, et ils sont très rigoureusement hiérarchisés. Dans chaque cohorte, le premier centurion (pilus prior) commande sa centurie et l'ensemble de la cohorte; celui de la 1 cohorte, le primipile (primus pilus) est le premiers centurion de la légion. Leur insigne est le cep de vigne. Un simple soldat peut devenir centurion, au terme d'un lent avancement qui peut prendre des années : simple soldat puis immunes, il peut devenir sous-officier ; une fois adjoint du centurion (optio ad spem ordinis), il peut devenir centurion. Le poste de primipile (premier centurion de la légion) est l'aboutissement de sa carrière. L'avancement est plus rapide pour un soldat du prétoire. Les centurions sont donc en majorité issus de la troupe (caliga). Cependant, un certain nombre de postes sont attribués à des hommes issus d'un milieu plus élevé, notables municipaux ou chevaliers romains (ex equite romano), préférant suivre la filière du centurionat, plus lente que la voie civile, mais ne connaissant pas d'interruptions.

[25] La Légion romaine : À l'origine, la légion romaine représente l'armée dans son ensemble et est uniquement formée de citoyens, auxquels Servius Tullius aurait assigné des fonctions militaires en rapport avec leurs richesses en raison de la nécessité pour chacun de s'équiper (VIe s. av. J.-C.). Au IIIe s. av. J.-C., la légion est divisée en 30 manipules, unités tactiques de base. Le manipule est formé de deux centuries commandées chacune par un centurion. Les légionnaires, tous citoyens, sont classés selon leur âge et leur armement. Au combat, la légion se forme sur trois lignes : au contact avec l'ennemi, les plus jeunes, les hastari ; en deuxième ligne, les principes ; enfin, en réserve, les plus anciens des soldats, les triarii, plus lourdement armés. La légion compte alors 3 000 hommes, auxquels il faut ajouter un corps de vélites (infanterie légère) de 1 200 hommes ainsi qu'un corps de 300 cavaliers. Les tribuns militaires, élus par les comices tributes, commandent chacun à 1 000 hommes environ. Le commandement suprême est détenu par un magistrat possédant l'imperium (consul, préteur ou dictateur). Au cours de son premier consulat (107 av. J.-C.), Marius transforme le mode de recrutement : toute notion de richesse est supprimée et les plus pauvres (prolétaires) s'enrôlent en masse ; c'est le début d'une armée de métier. Sur le plan tactique, la légion atteint 6 000 hommes. À dater d'Auguste, le commandement en chef est réservé à un legatus legionis d'ordre sénatorial, représentant l'empereur. Les tribuns subsistent sous ses ordres. De 25 au début de l'Empire, le nombre des légions passe à 30 (Marc Aurèle) puis à 33 (Septime Sévère). Leur recrutement est assuré essentiellement par les provinciaux volontaires. Au Bas-Empire, la légion est un corps d'armée parmi d'autres, où les troupes auxiliaires barbares prédominent.

[26] SULLA ou SYLLA (Lucius Cornelius) : général et homme d'État romain (138 - Cumes 78 av. J.-C.). Lieutenant de Marius, qu'il rejoignit en Afrique, il se fit livrer Jugurtha par le roi de Mauritanie Bocchus (105). Consul en 88 av. J.-C., il mit fin à la guerre sociale. Dépossédé illégalement de son commandement par Marius, il s'empara de Rome avec son armée, tandis que Marius, mis hors la loi par le sénat, s'exilait en Afrique. Vainqueur de Mithridate VI Eupator, roi du Pont (96), il devint le chef du parti aristocratique et écrasa le parti de Marius (82). Il proscrivit les opposants, renforça les pouvoirs du sénat et se fit attribuer une dictature à vie (82). Parvenu à l'apogée de sa puissance, il renonça brusquement à ses pouvoirs et se retira en Campanie (79 av. J.-C.).

[27] MITHRIDATE VI Eupator, dit le Grand (132-63 av. J.-C.) : dernier roi du Pont (111-63 av. J.-C.). Le plus grand souverain du royaume du Pont, il lutta contre la domination romaine en Asie : ses trois guerres (88-85 ; 83-81 ; 74-66) furent des échecs ; il fut finalement défait par Pompée. Il tenta de s'empoisonner mais, accoutumé aux poisons, il dut se faire tuer par l'un de ses hommes. Son nom a servi à la construction des termes Mithridatiser : Immuniser qqn contre un poison par une accoutumance progressive ; et Mithridatisation : Immunité à l'égard d'une substance toxique, acquise par l'ingestion de doses progressivement croissantes de cette substance.

[28] Le Pont : pays du nord-est de l'Asie Mineure, en bordure de la mer Noire. Devenu royaume (301 av. J.-C.), le Pont devint, sous Mithridate VI (111-63), l'État le plus puissant de l'Asie Mineure.

[29] Marianistes : ici, partisans de Marius.

[30] Lucius Licinius LUCULLUS : Consul et général romain (v. 110 — v. 56 av. J.-C.). Il mena avec succès la guerre contre Mithridate, qu'il contraignit à se réfugier chez Tigrane d'Arménie (72). Rappelé à Rome, il y vécut dans la richesse et le luxe. Le raffinement de sa table, surtout, lui valut la célébrité.

[31] POMPÉE (en latin, Cnaeus Pompeius Magnus) : général et homme d'État romain (106 - Péluse 48 av. J.-C.). Il fait campagne en Sicile et en Afrique contre les fidèles de Marius (82) et rétablit l'ordre en Espagne, où il termine la guerre contre le lieutenant de Marius, Sertorius (77-72). Vainqueur de Spartacus, consul en 70 avec M. Licinius Crassus, il débarrasse la Méditerranée des pirates (67). Il achève la guerre contre Mithridate VI, roi du Pont (66), et conquiert l'Asie Mineure, la Syrie et la Palestine, où il prend Jérusalem (63). Rentré en Italie, mais bientôt en butte à la défiance du sénat, qu'inquiète son prestige, Pompée forme avec Crassus et César un triumvirat (60), renouvelé en 56 ; la mort de Crassus, en 53, le laisse face à face avec César. Alors que César est en Gaule, Pompée reçoit en 52 les pleins pouvoirs pour lutter contre l'anarchie qui s'installe à Rome. L'ambition des deux hommes rend inévitable la guerre civile. César franchit le Rubicon (janv. 49) et marche sur Rome. Abandonnant Rome, Pompée regroupe ses forces en Illyrie. Vaincu à Pharsale (48), il se réfugie en Égypte, où il est assassiné.

[32] CRASSUS, en latin, Marcus Licinius Crassus Dives (le Riche) : homme politique romain (Rome 115 - Carres 53 av. J.-C.). Préteur en 72, il battit les troupes de Spartacus. Consul en 70, il fit partie, avec César et Pompée, du premier triumvirat (60). De nouveau consul en 55, il gouverna la Syrie et fut tué dans la guerre contre les Parthes.

[33] Quintus SERTORIUS : général romain (Nursia v.  123 - en Espagne 72 av. J.-C.). Lieutenant de Marius, il se tailla en Espagne un véritable État. D'abord vainqueur de Pompée, il s'allia à Mithridate (75 av. J.-C.) mais fut assassiné par son lieutenant Perpenna.

[34] SPARTACUS : chef des esclaves révoltés contre Rome (mort en Lucanie en 71 av. J.-C.). Esclave devenu gladiateur, il mena la plus grande révolte des esclaves de l'Antiquité et tint en échec l'armée romaine pendant deux ans (73-71) ; il fut vaincu et tué par Crassus.

[35] Lucius Sergius CATILINA : homme politique romain (v. 108 - Pistoia 62 av. J.-C.). Sa conjuration contre le sénat fut dénoncée par Cicéron dans quatre discours, les Catilinaires (63). Ayant rejoint les rebelles, Catilina fut tué à la bataille de Pistoia.

[36] CICÉRON (en latin, Marcus Tullius Cicero) : homme politique et orateur latin (Arpinum 106 - Formies 43 av. J.-C.). Issu d'une famille plébéienne entrée dans l'ordre équestre, avocat, il débute dans la carrière politique en attaquant Sulla à travers un de ses affranchis (Pro Roscio Amerino), puis en défendant les Siciliens contre les exactions de leur gouverneur Verrès (les Verrines). Consul (63), il déjoue la conjuration de Catilina et fait exécuter ses complices (Catilinaires). Il embrasse le parti de Pompée mais, après Pharsale, se rallie à César. Après la mort de ce dernier, il attaque vivement Antoine et lui oppose Octavien. Proscrit par le second triumvirat, il est assassiné. Cicéron a porté l'éloquence latine à son apogée : ses plaidoyers et ses discours ont servi de modèle à toute la rhétorique latine (De oratore). Ses traités philosophiques (De finibus, De officiis) ont acclimaté dans la littérature latine la métaphysique et la morale grecques.

[37] Narbonnaise : province de la Gaule romaine, fondée à la fin du IIe s. av. J.-C. Province impériale (27 av. J.-C.), puis sénatoriale (22 av. J.-C.), elle s'étendait de la région de Toulouse au lac Léman, englobant la Savoie, le Dauphiné, la Provence et le Languedoc.

[38] Golfe d’Aqaba ou Akaba : golfe de l'extrémité nord-est de la mer Rouge, au fond duquel est situé le port jordanien d' al-Aqaba (10 000 hab.).

[39] Concussionnaire : coupable de concussion : malversation commise dans l'exercice d'une fonction publique, particulièrement dans le maniement des deniers publics.

[40] Caius Licinius VERRES : homme politique romain (Rome v.  119 - 43 av. J.-C.). Propréteur en Sicile (73-71), il s'y rendit odieux par ses malversations ; à sa sortie de charge, il fut accusé de concussion par les Siciliens, et Cicéron se fit l'avocat de l'accusation (Verrines). Verres s'exila avant même d'être condamné (70). Cette affaire demeure le symbole du pillage des provinces à la fin de la République.

[41] Oligarchique : qui relève de l’oligarchie  (du grec oligoi, peu nombreux, et arkhê, commandement) : régime politique où l'autorité est entre les mains de quelques personnes ou de quelques familles ; ensemble de ces personnes, de ces familles.

[42] Triumvirat : A Rome, un triumvir désigne soit un magistrat romain qui exerçait ses fonctions conjointement avec deux collègues ; soit, l'un des membres des deux triumvirats qui se formèrent à Rome à la fin de la République.
Le Triumvirat : Sous la République romaine, direction collégiale à trois têtes des affaires publiques. Le premier triumvirat, constitué par César, Pompée et Crassus en 60 av. J.-C., était une simple association d'intérêts entre les trois plus puissants personnages de l'État. Il fut renouvelé en 56, mais Crassus mourut trois ans plus tard, et César et Pompée s'affrontèrent peu après pour la possession du pouvoir. Le second triumvirat fut formé en 43 av. J.-C. par Octavien (futur Auguste), Antoine et Lépide. À l'inverse du premier, il présentait le caractère d'une magistrature officielle, octroyée par le sénat. Renouvelé en 37 pour cinq ans, il s'acheva, lui aussi, dans la discorde : Lépide fut dépouillé dès 36 de sa fonction triumvirale et, après la bataille d'Actium (31), Octavien resta seul maître de Rome.

[43] JULES CÉSAR en latin, Caius Julius Caesar : homme d'État romain (Rome 100 ou 101 -  id. 44 av. J.-C.). Né à Rome en 100 ou 101 av. J.-C. dans une famille patricienne, César va lutter opiniâtrement jusqu'à obtenir le pouvoir suprême. Devenu le seul maître de Rome, il établit un pouvoir nouveau ; la République cesse d'exister.
Les débuts politiques de César : Il s'oppose tout d'abord au dictateur Sulla et s'exile en Asie (82-78). Il entreprend ensuite une carrière politique, profitant des milieux d'argent (Licinius Crassus) tout en s'appuyant sur le parti populaire, seule force capable de briser le sénat et Pompée. Questeur en 68, préteur en 62, il devient aussi grand pontife (la plus haute autorité religieuse) en 63. Après une campagne facile en Espagne (61-60), il propose à Licinius Crassus et à Pompée de constituer un triumvirat (60). Consul en 59, il s'assure l'appui de la plèbe en faisant voter deux lois agraires qui achèvent de partager les terres du domaine public entre les plus pauvres. En 56, César renouvelle le triumvirat et obtient un nouveau commandement.
Les conquêtes et la lutte contre Pompée : César conquiert la Gaule de 58 à 51, égalant ainsi la gloire militaire de Pompée. En 53, Crassus est tué en Orient durant une campagne contre les Parthes. Le triumvirat n'existe plus. En 52, Pompée, nommé consul unique par le sénat, exige du conquérant des Gaules de rentrer à Rome en simple citoyen. Ne pouvant obtenir aucune garantie, César franchit le Rubicon, frontière entre l'Italie et la Cisalpine, et marche sur Rome (janvier 49). Surpris, Pompée s'enfuit en Grèce pour y former l'armée républicaine. Maître de l'Italie (janvier-février 49), vainqueur en Espagne (août), César écrase Pompée à Pharsale (48) et le poursuit en Égypte, où ce dernier est assassiné par le roi Ptolémée Aulète. César installe sur le trône d'Égypte la reine Cléopâtre et, s'assurant ainsi un solide protectorat, réorganise l'Orient (47). Il vainc les derniers pompéiens en Afrique à Thapsus (46), puis en Espagne à Munda (45). 
Vers une restauration monarchique ? : César exerce son pouvoir dans un cadre légalement républicain. Il se fait octroyer soit la dictature (49 et 47), soit le consulat (48 et 46), soit les deux fonctions en même temps (45 et 44), détenues d'abord pour un temps limité (dix ans en 46), puis à vie. Il détient en outre les pouvoirs d'un tribun de la plèbe (44). Le sénat ne cesse d'élargir ses pouvoirs : droit de paix et de guerre, droit de créer des patriciens, de nommer les consuls et la moitié de tous les autres magistrats. César fonde en faveur de ses vétérans et des prolétaires des colonies romaines en Narbonnaise et sur les sites de Corinthe et de Carthage. Le pouvoir du sénat et celui des comices sont diminués. Enfin, il accorde le droit de cité à de nombreux provinciaux, surtout en Gaule. Dictateur à vie, César, sans doute, souhaite le pouvoir royal. Une conspiration se noue entre mécontents et partisans de la République, dirigée par Cassius et Brutus ; César est poignardé en plein sénat, le jour des ides  (quinzième jour des mois de mars, mai, juillet et octobre, et treizième jour des autres mois, dans le calendrier romain) de mars (15 mars 44). Après son assassinat, la République ne retrouve qu'une existence précaire.

[44] Publius Appius CLODIUS : agitateur romain (v. 93-52 av. J.-C.). Tribun de la plèbe (58), célèbre par ses violences, il fit bannir Cicéron et fut tué par le tribun Milon.

[45] Le Rubicon : rivière séparant l'Italie de la Gaule Cisalpine. César le franchit avec son armée en 49 av. J.-C., dans la nuit du 11 au 12 janvier, sans l'autorisation du sénat : ce fut le commencement de la guerre civile. «  Franchir le Rubicon  » signifie prendre une décision grave et en accepter les conséquences.

[46] Marcus Junius BRUTUS : homme politique romain (Rome v. 85 - 42 av. J.-C.). Il participa avec Cassius au complot qui amena la mort de César (ides de mars 44). Au moment d'être poignardé par lui, César se serait écrié : «  Toi aussi mon fils !  » (mais en grec : « Kai su technon », car c’était un lettré, et non en latin par le fameux « Tu quoque fili ! » comme le rappelle Suétone dans ses Vies des douze Césars). Vaincu à la bataille de Philippes (42 av. J.-C.), qui opposait l'armée républicaine de Cassius et Brutus à celle d'Octavien et d'Antoine, héritiers de César, il se donna la mort.

[47] Caius CASSIUS Longinus : général romain (mort en 42 av. J.-C.). Il participa au meurtre de César (44) et, battu à Philippes alors que l’aime commandée par son beau-frère Brutus était victorieuse, il se fit donner la mort par un affranchi.

[48] Marc ANTOINE (en latin, Marcus Antonius) : général romain (83-30 av. J.-C.). Lieutenant de César en Gaule (52 av. J.-C.), il exerce avec lui le consulat en 44. Après l'assassinat de César, il entre en conflit avec Octavien, le futur Auguste, l'un et l'autre revendiquant la succession. Mais, comprenant qu'un conflit est inutile, il s'associe avec lui et Lépide pour former un second triumvirat. En 40, la paix de Brindes, qui partage le monde entre les membres du triumvirat, lui donne l'Orient, où il poursuit la politique de conquête de Pompée. Antoine épouse la reine d'Égypte Cléopâtre VII, répudiant Octavie, sœur d'Octavien. Il établit sa capitale à Alexandrie, où il prend de plus en plus les allures d'un souverain hellénistique. Sa politique et ses ambitions inquiétant Rome, Octavien lui déclare la guerre. Vaincu à Actium en 31, il se tue.

[49] OCTAVIEN : nom pris par Octave après son adoption par César. (Voir la note sur AUGUSTE.) 

[50] Illyrie : région balkanique montagneuse, proche de l'Adriatique, comprenant l'Istrie, la Carinthie, la Carniole. Aujourd’hui, l'Illyrie est partagée entre l'Italie, la Slovénie, la Croatie et l'Autriche. Colonisée par les Grecs (VIIe s. av. J.-C.), elle fut soumise à Rome à partir de la fin du IIIe s. av. J.-C.

[51] CLÉOPÂTRE : nom de sept reines d'Égypte. La plus célèbre fut  Cléopâtre VII (Alexandrie 69 -  id. 30 av. J.-C.), reine de 51 à 30. Successivement épouse de ses frères Ptolémée XIII (m. en 47) et Ptolémée XIV (m. en 44), elle dut à César (dont elle eut un fils, Césarion, le futur Ptolémée XV) son autorité sur l'Égypte. Elle séduisit Antoine, maître de l'Orient romain, qui joignit à l'Égypte plusieurs provinces romaines. Vaincus par Octavien, fils adoptif de César, à Actium (31), Antoine et Cléopâtre s'enfuirent en Égypte, où ils se suicidèrent (la reine se serait fait mordre par un aspic). Avec Cléopâtre finissent la dynastie des Lagides et l'indépendance de l'Égypte hellénistique.

[52] Bataille d’Actium (31 av. J.-C.) : victoire navale d'Octavien et d'Agrippa sur Antoine, ancien lieutenant de César. Elle eut lieu à l'entrée du golfe d'Ambracie (aujourd'hui d'Árta), en Grèce, au sud de Corfou. Elle assura à Octavien, le futur Auguste, la domination du monde romain.

[53] AUGUSTE (en latin, Caius Julius Caesar Octavianus Augustus) : empereur romain (Rome 63 av. J.-C. - Nola 14 apr. J.-C.). Par sa mère petit-neveu de César, Auguste, né en 63 av. J.-C., porte d'abord le nom d'Octave ; il deviendra Octavien quand son adoption par César (45) sera officiellement reconnue, en 43. Considéré comme le fondateur de l'empire, il en a en fait institué le principat, tout en se présentant comme l'héritier des magistrats républicains.
L'ascension d'Octavien : À la mort de César (44), il revendique l'héritage de son père adoptif et forme en 43, avec Antoine et Lépide, un triumvirat qui partage le monde romain entre les trois hommes : l'Occident revient à Octavien, l'Orient à Antoine et l'Afrique à Lépide, qui est dépouillé de ses pouvoirs en 36. En 42, Octavien venge la mort de César à la bataille de Philippes, où il défait l'armée républicaine. Seul maître du pouvoir après sa victoire d'Actium (31) sur Antoine, il reçoit du sénat, avec les titres d'Auguste et de Princeps (27), les pouvoirs répartis jusqu'alors entre différentes magistratures. 
La réorganisation de l'État : Un nouveau régime est fondé, le principat, qui est en fait une monarchie organisée derrière une façade républicaine. Auguste s'entoure d'un conseil impérial et le sénat réformé est dépouillé de la majeure partie de ses pouvoirs politiques. Il organise une société fondée sur le retour aux traditions antiques et administrée par un corps de fonctionnaires recrutés dans les classes supérieures (ordre sénatorial et ordre équestre), divise Rome en 14 régions pour en faciliter l'administration et la police. Il réorganise les provinces, partagées en provinces sénatoriales, déjà pacifiées, et provinces impériales, celles-ci nécessitant la présence de troupes. Il est élu grand pontife à la mort de Lépide, en 12 av. J.-C. 
En politique extérieure, Auguste préfère aux conquêtes la sécurité des frontières, recourant autant à la diplomatie qu'à l'action militaire. Il achève cependant la conquête de l'Espagne et porte la frontière de l'Empire sur le Rhin, qu'il fortifie. Mais, en Germanie, son lieutenant Varus subit un désastre (9 apr. J.-C.).
La succession impériale : Auguste adopte son beau-fils Tibère, qui lui succède à sa mort, en 14 apr. J.-C. Fondateur du régime impérial, Auguste a laissé derrière lui une œuvre durable et fut, à sa mort, honoré comme un dieu. Son principat apparaît comme l'une des époques les plus brillantes de l'histoire de Rome (le siècle d'Auguste).

[54] GALLIEN (en latin, Publius Licinius Egnatius Galienus) (v.218 – 268) : empereur romain (253-268), d'abord associé à son père Valérien. Lettré et philosophe, il consacra ses efforts à la défense de l'Italie, laissant plusieurs provinces (Gaule, Palmyre) se donner des souverains particuliers.

[55] L’Annone : ici, Service public assurant l'approvisionnement de la ville de Rome. (L’annone désigne aussi, dans l'Antiquité romaine, l’impôt en nature perçu sur le produit de la récolte annuelle).